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LE CHEVAL.
HISTORIQUE.
membres; de là vient qu’il s’effraie aisément à l’aspect d’un objet nouveau pour lui ;le sens de l’ouïe est bon; la conque de l’oreille externe est parfaitement disposéepour rassembler des sons éloignés. 11 aime à entendre la voix de celui qui le monte;il se plaît à écouter certains bruits, tels que ceux d’une musique éloignée, les cla-meurs de la meute, lorsqu’il a l’habitude de la chasse, et ses cris de joie et detriomphe.
Sa mémoire locale est surprenante; il reconnaît, après un long espace de lems, lesentier qu’il n’a traversé qu’une fois; l’endroit où il a l’habitude de prendre sa nour-riture, ainsi que la fontaine et l’étang où il a étanché sa soif. Un cheval, qui s’étaitperdu dans le désert, a retrouvé son chemin à cinq cents milles de la ferme où ilétait né. De même que le chameau, il sent l’eau de fort loin. Ce don précieux a sauvéplus d’une fois la vie du voyageur défaillant.
Le cheval aime les caresses et est susceptible d’un grand attachement. Les Arabes,qui ne battent jamais leurs chevaux, et qui les traitent comme leurs propres en-fans, doivent souvent leur vie à leur attachement et à leur fidélité. Le cheval dudésert, si plein de feu, lorsque son maître vient à être blessé et désarçonné,s’arrête jusqu’à ce qu’il se relève; il appelle du secours par ses hennissemens;il l’abrite contre les sables brûlans; il se lient près de lui pendant le clair delune, et s’étend lui-même sur la terre à ses côtés lorsque la rosée commence àtomber. Le major Denham rend compte en ces termes du sentiment que lui filéprouver la perte de son cheval arabe au cœur de l’Afrique : « Le cheval quim’avait porté de Tripoli à Mourzùk, avec lequel j’avais opéré mon retour, et surlequel j’avais fait tout le voyage de Tripoli à Bornou , mourut quelques heuresaprès mon départ de cette dernière ville. 11 y a des situations dans la vie d’unhomme où des pertes de ce genre sont senties plus profondément; je connus toutel’étendue de cette épreuve. Ce n’était pas du chagrin, mais quelque chose d’appro-chant; et bien que j’éprouvasse line sorte de honte de l’abattement où j’étais plongé ,il ne me fallut pas moins plusieurs jours pour que je pusse me remettre de celleperle. 11 est bon de rappeler toutefois que le pauvre animal avait été mon fidèlecompagnon pendant bien des jours et des nuits terribles; il avait supporté avec uneadmirable patience, à mon service, et la faim et la soif; il était si docile, qu’il Testaitdebout pendant des heures entières au désert, tandis que je dormais entre ses jam-bes, son corps me procurant le seul ombrage sous lequel on pût se défendre dusoleil le plus brûlant. »
Le cheval donne des marques sensibles du plaisir qu’il éprouve en voyant les per-sonnes qui le traitent avec bonté. Les Turcs, qui ont pour ces animaux la plusgrande douceur, se font suivre par leurs fougueux coursiers comme si c’étaient desamis de la maison. Quelquefois le cheval éprouve un vif attachement pour d’autres