LE CHEVAL.
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IJISTOIUQUE.
garde quand elle change de pâturages, et donnent le signal de l’attaque ou de lafuite lorsqu’un danger se présente. Ils se précipitent hardiment sur les voyageurset sur tous les objets qui leur semblent nouveaux, et de même que les races sau-vages de la Tartarie, ils placent des sentinelles autour de la troupe, et prennent lafuite aussitôt qu’un danger leur est signalé ainsi qu’à l’approche de l’homme. Lors-qu’ils aperçoivent des chevaux domestiques, ils courent à leur rencontre, font en-tendre des hennissemens affectueux et mettent en usage tous les moyens propres àles engager à s’échapper avec eux pour reprendre la vie sauvage. Ces derniers ac-ceptent volontiers l’invitation, et, une fois rendus à la liberté,-jamais ils ncseremet-•teni volontairement sous la domination d’un maître. Lorsqu’approchenl ces troupessauvages, les voyageurs ont besoin d’une grande vigilance pour empêcher la déser-tion de leurs chevaux, qui font tous leurs efforts pour se débarrasser de leur harnaiset devenir libres. Les chevaux sauvages marchent en colonne, jamais en ligne,rétrogradant quelquefois, d’autres fois se retournant, sans qu’on puisse les chas-ser; parfois même ils chargent les convois et y jettent une affreuse confusion, afind’y effectuer leurs recrues. Cette sympathie généreuse pour la captivité de leurssemblables ne paraît pas exister dans les races sauvages de Tartarie, et est vraisem-blablement due, chez les chevaux espagnols, à quelque souvenir traditionnel deleur ancien étal de domesticité.
Ces chevaux sauvages sont facilement rendus à la domesticité, soit qu’il leur restequelque trace de la docilité qu’ils avaient acquise dans leur esclavage antérieur,soit que la douceur du climat et la richesse des pâturages leur communique un ca-ractère plus souple que celui des chevaux nés dans les déserts de l’Asie . Néanmoins,les moyens employés pour les soumettre ne sont ni moins barbares ni moins gros-siers que ceux usités dans les autres pays pour dresser les jeunes poulains à l’obéis-sance et les amener graduellement à partager les dangers et les plaisirs de leur pro-tecteur.
Lorsqu’on veut capturer un cheval sauvage, ouBaguale, comme on l’appelle,les Guachos, ou habitans de la plaine, vont à la recherche d’une bande, sur des che-vaux dressés pour cette chasse. Au moyen du bolas et du lasso,, ou seulement àl’aide de ce dernier engin, l’animal est empêtré, jeté à terre et immédiatementmonté et conduit ventre à terre, ou attaché pendant plusieurs jours a un poteau,sans boire ni manger, puis castré et monté. Le bolas dont il vient d’être parlé, secompose de trois pierres, enveloppées de cuir, et attachées a un centre commun aumoyen de fortes courroies de plus d’un mètre de long. On tient une de ces pierres dansla ma in, on fait tourner les autres autour delà tête, et lorsqu’elles ont acquis la vitessenécessaire, on les lance avec une incroyable dextérité autour des jambes de l’animalalin de l’empêtrer. Le lasso a été souvent décrit ; il consiste en une corde, à peu près
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