LE CHEVAL.
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HISTORIQUE.
vaux usités pour la selle, pour la chasse, pour la cavalerie, pour les innombrablesvoitures légères de toutes sortes, quelquefois même pour l’exploitation des terressablonneuses, ont vu successivement modifier leurs caractères par un mélange plusou moins considérable de ce qu’on est convenu d’appeler le sang.
L’histoire et la description du cheval de sang anglais , et l’institution des jeuxdestinés à faire valoir ses qualités, nécessiteront une étude plus approfondie de notrepart; mais nous devons auparavant examiner le cheval tel qu’il existe dans des loca-lités d’une étendue et d’une fécondité prodigieuses, appartenant à une autre partiedu monde, où il a été soumis à des influences nouvelles, et où ij a conquis sa liberténaturelle dans les circonstances les plus favorables à la multiplication de sonespèce.
Lorsque les Espagnols, conduits par un immortel génie, abordèrent aux rivagespaisibles du nouveau monde et y commencèrent une guerre d’extermination contreles indigènes inoffensifs, ils emmenèrent toujours des chevaux avec eux, et les em-ployèrent à terrifier et à subjuguer leurs victimes. Partout où ces conquérans impi-toyables établirent leur injuste domination, le cheval fut naturalisé, et il multfpliaavec une rapidité complètement inconnue dans les plus riches contrées des anciensconlinens. Depuis lors, un peu plus de trois siècles se sont à peine écoulés, et l’ontrouve le cheval naturalisé, depuis le détroit glacé de Magellan jusqu’aux neiges duLabrador, sous tous les climats et dans les contrées les plus variées. Il s’est transmisdes oppresseurs aux victimes; et les tribus les plus sauvages de l’intérieur de laPatagonie au Missouri et à la Colombie se sont approprié ce bienfait de la Provi-dence, et le font servir à leur destruction réciproque. ”
Les faits les plus intéressans de l’histoire du cheval dans l’Amérique espagnole,sont, 1° son émancipation du joug de la domesticité, et 2° sa multiplication enliberté. Selon Azara, le premier eut lien vers 1535, lorsque la ville de Buenos-Ayres fut abandonnée subitement par ses habilans, qui laissèrent dans les plaines voisinescinq chevaux et sept jumens amenés d’Andalousie . Ces animaux multiplièrent rapi-dement et donnèrent naissance aux innombrables troupeaux qui peuplent aujour-d’hui les plaines fertiles situées au sud et à l’ouest du Rio de la Plata , et dont quel-ques-uns, s’échappantaunorddelasourcedece fleuve, multiplièrent dans le Paraguayet les autres contrées de l’intérieur. Ces chevaux émancipés vivent ordinairementen petites troupes, dans lesquelleiun étalon conduit un certain nombre de jumens;mais la réunion de ces petites troupes forme souvent des troupeaux si considérables,que le voyageur qui les contemple reste frappé d’étonnement. On en voit souventplusieurs milliers ensemble qui semblent agir d’après un principe commun desubordination et d’union.
Quelques-uns d’entre eux prennent la direction delà troupe, se placent à l’avant-