de la Colonnade do Louvre. 327de la préférence de ce Ministre, les gens à bons mots ne manquè-rent pas d’en plaisanter , en disant qu’il falloit que l’Architecturefût bien malade, puisqu’on étoit obligé d’avoir recours à un Mé-decin.
Néanmoins pour n’avoir rien à se reprocher en pareille circons-tance, M. Colbert fit faire un modele en bois du projet de Per-rault , ainsi que de celui de Levau , & les présenta tous deux àLouis XIV, qui étoit alors k Saint Germain-cn-Laie avec toutefa Cour. Le Roi avant que de s’expliquer fur le choix, demandaau Surintendant son sentiment sur ces deux modelés ; celui-ci ayantrépondu que s’il en étoit le maître, il donneroit la préférence auprojet décoré en pilastres qui étoit celui de Levau ; & moi, répliquaLouis XIV, je choijîs celui à colonnade, la pensée en es bien plus no -ble,plus majesueufe , & plus digne enfin d’annoncer Ventrée de monPalais. II est k croire que ce Ministre avoit agi dans cette occasionen Courtisan, pour laisser tout l’honneur du choix k son maître ;car personne n’ignoroit son inclination pour le projet de Perrault.
Afin de ne rien donner au hasard pour la parfaite exécutiond’un semblable édifice dont la construction paroissoit extrêmementdifficultueuse, M. Colbertassociak Perrault, Levau, qui avoit la plusgrande expérience , & Lebrun, premier Peintre du Roi, qui en-tendoit très-bien l’Architecture, & qui étoit un des plus beauxgénies que la France ait produit. Ces Artistes eurent ordre des'assembler deux fois la semaine pour conférer sur les difficultésqui pourroient survenir dans la bâtisse de ce monument ; & pourles engager k travailler de bonne foi, le Ministre décida qu’aucundes trois ne pourroit se dire , en particulier, sauteur du projet.Malgré toutes ces précautions , il y eut entre ces Artistes beau-coup de discussions qui transpirèrent dans le public. Levau &Lebrun diíoient fans cesse que le dessein de Claude Perrault nepouvoit être beau qu’en peinture ; mais que l’exécution en étoitimpossible, attendu que le périítile avoit trop de profondeur, &que les architraves qui alloient du mur correípcndre fur les eo—