II
très-fourré. Je l’ai fait éclaircir : j’ai laissé subsisterles plus beaux brins 3 mais j’ai abattu les brindilles,et même les brins qui 11’étaient pas au moins à ladistance de quatre pieds. J’estime que ceux que j’ailaissé subsister sont à six pieds moyennement, et quel’arpent en contient quatorze à quinze cents. Je puisassurer que ce taillis a pris au moins cinq pieds d’élé-vation en trois ans, et j’ai été si satisfait de ce succès,que j’ai fait exécuter, depuis, de semblables éclair-cies sur des taillis plus âgés et plus étendus (1).
(1) Ce fait que je rapporte n’a pas été' ma première tentative en ce-genre. Dans une terre dont mon père m’avait confié l’administration ,j’avais ouvert , en face de la maison , une allée principale , dont l’undes côtés bordait une futaie , l’autre un taillis , qu’on était daus l’usagede couper tous les neuf ans. J’en suspendis la coupe , et y fis quelqueséclaircies , moins, à la vérité , par des raisons d’économie et d’unmeilleur aménagement, qu’à dessein de donner plus de grâce à l’allée.Ce bois peut avoir aujourd’hui ( 1790 ) quarante ans. Je ne dirai pas qu’ilsoit aussi élevé ni aussi beau que l’ancienne futaie ; mais je puis direqu’actuellement les deux côtés de l’allée sont assez d’accord à l’œil pourproduire un bel effet.
La futaie dont je parle avait été jardinéc autrefois, il s’y trouvait desclairières. Persuadé qu’elles pouvaient être rétablies par quelque artifice ,persuadé également que c’est moins l’ombre qui s’oppose à la reprise desarbres dont on veut regarnir les clairières , que les racines des arbresvoisins , qui , rencontrant une terre fraîchement ameublie , s’y jettentavec abondance et affament le nouvel arbre , j’imaginai de ne pointplanter mes remplacemens dans un creux , mais sur une élévation. A ceteffet je faisais tracer au cordeau deux cercles concentriques , l’un de trois ,l’autre de quatre pieds de rayon ; à l’aide de ce tracé , l’on creusait autourdu centre commun , où l’arbre devait être placé , un petit fossé d’un piedde largeur sur douze à quinze pouces de profondeur , et l’on couvraitl’aire du cercle intérieur avec la première couche de gazon extraite dupetit fossé. On plaçait l’arbre sur cette terre remuée , de manière que sesracines se trouvaient à six pouces environ au-dessus du sol naturel, qu’onn’avait garde de défoncer. En achevant le fossé , on en rejettait les terressur les racines. L’opération achevée , l’arbre paraissait planté sur uncône surbaissé , ou sur une large taupière. Cette plantation ne me reve-nait qu’à environ deux sous et demi par arbre.
Il faut intercepter le prolongement des racines qui se rencontrent dansle petit fossé , en les coupant avec soin , ce que mes ouvriers exécutaientavec assez d’adresse , dans un terrain privé de pierres et de cailloux , ense servant d’une petite bêche très-tranchante qu’ils nomment un rocket.
J’essayai de planter de la sorte des ormes , des merisiers , des frênes ,des tilleuls, des platanes, du sorbier des oiseleurs, des érables , des châtai-gniers , des peupliers , et jusqu’à un tulipier. Les châtaigniers ne reprirent