Bo AMÉNAGEMENT
Indépendamment des habitans , des fermiers et desgrangers-cultivateurs, les campagnes de Bresse sontpeuplées de chambriers , c’est-à-dire, de petits mé-nages ne possédant rien ou presque rien , tombés ouprêts à tomber dans la misère , lorsque les tems sontmalheureux et que le travail leur manque. Ces cham-briers se louent pendant la moisson et le tems dubattage , et travaillent à la journée en faveur de ceuxqui veulent bien les employer pendant l’hiver. Jeconviendrai , même avec plaisir, que , lorsqu’on lesemploie habituellement, on en trouve de très-fidèles;cependant en général ils achètent le moins de boisqu’ils peuvent.
Lorsque le taillis est très-jeune , le bétail y fait plusde mal que la maraude ; lorsqu’il prend six à septans , les maraudeurs y font plus de mal que le bétail ;si le taillis est encore plus âgé, il donne lieu à uneautre sorte de délit qui n’est pas toujours commis pardes chambriers : on a besoin d’un manche d’outil,de perches pour suspendre le maïs , d’un essieu , d’unbrancard, d’un étai ; on va choisir et on abat le brinle plus droit et de la plus belle espérance dans untaillis ancien , qui se trouve par là d’autant pluspromptement et complètement dévasté, que lestaillis anciens sont plus rares. Yoilà pourquoi les pro-priétaires qui ont quelques taillis en réserve, pourpeu que ces taillis soient éloignés de leur habitation ,se voient pour ainsi dire forcés de les abattre à neufans.
Si, pour en tirer un meilleur parti en les adminis-trant soi-même ; si, pour les mieux clore et pouren suspendre les coupes, on se résout à retirer cespetits bois des domaines , comme le fermier n’est plusintéressé à leur conservation , les délits s’y multi-plient. 11 faut donc , ou que les bois soient réunis enassez grandes masses pour dédommager de la dépensed’un garde , ou qu’ils soient assez près du possesseurpour qu’on n’ose y causer uu dégât sous ses yeux.