PROLOGUE
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Depuis longtemps les événements mémo-rables qui signalèrent le commencement dudix-neuvième siècle avaient retenti dans leschamps Élyséens. Les ombres de Pitt,de Thugut , celles de Kléber, de Moreau,de Nelson, de Lannes, et de tant d’au-tres braves moissonnés dans les com-bats, y avaient déjà porté mille versionsdifférentes sur les combinaisons auxquelleson attribuait tant de victoires et de re-vers. Les illustres habitants de ces régionsmystérieuses attendaient avec impatiencel’arrivée de l’homme extraordinaire quiavait été le principal moteur de ces événe-ments, et qui seul pouvait en expliquer l’en-semble.
Déjà la nouvelle de son exil à Sainte-Hélène et du traitement barbare qu’il yessuyait faisait prévoir sa prochaine fin.Déjà la Parque homicide venait de saisir sesciseaux..., l’impitoyable Atropos ne pouvaitlaisser échapper une si belle proie.
Enfin le s mai i82i, le ciel pur et sereinde l’Élysée se couvre tout à coup de nuages;les flots de l’Achéron en courroux, les vents
déchaînés, signalent une apparition extra-ordinaire. Chacun se précipite sur la rivepar un sentiment commun d’intérêt et decuriosité. Bientôt en effet on voit flotterl’esquif du morne et silencieux Caron; ilapproche et dépose l’ombre de Napoléon
le. Tous se pressent pour le voir;
Alexandre, César, Frédéric, sont aux pre-miers rangs, et à eux seuls appartient le
droit de l’interroger. Aux félicitations
d’usage succèdent bientôt les questions lesplus pressantes. Alexandre, qui des mon-tagnes de la Macédoine a couru jusque dansl’Inde , mais qui a su en revenir victorieux,s’étonne de la retraite de Moscou et chercheà en apprendre les causes. César, qui mou-rut invaincu, demande compte des fautesde Leipsick et de Waterloo . Frédéric, sigrand dans les revers, si mesuré dans sesentreprises, veut qu’on lui explique laprompte destruction de sa monarchie et sabrillante résurrection en îsis.
Entouré de ce noble aréopage, Napoléonse recueille un instant et commence en cestermes.