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Tome premier.
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CHAP. IV. ANNÉES 1798 ET 1799.

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prétations. J’aurais dû laisser ces malheu-reux à la merci des Turcs, puisque tel était lesort rigoureux que le destin leur réservait.

Retour au Caire . —Démarche pour gagner lesMusulmans .

Rentré en Égypte , je repris le chemin duCaire avec le gros de l’armée. J’y arrivai le14 juin. Kléher retourna à Damiette ; je lais-sai une forte garnison à Cattieh. Dans cetintervalle, Desaix avait achevé de soumettrela haute Égypte , et la bataille de Seman-hout avait complété la ruine des affaires desMamelucks .

Le peu de succès de mon entreprise surla Syrie me fit sentir plus vivement encorele besoin de négocier avec les ministres del’islamisme pour agir sur l’esprit des peu-ples. Ce fut après le retour de Salchich queje leur proposai de publier un fétam, parlequel ils ordonneraient au peuple de prê-ter serment d’obéissance au général en chef.Cette proposition les fit pâlir, et un vieillardme répondit : Pourquoi ne vous feriez-vouspas musulman avec toute votre armée?Alors îoo mille hommes accourraient sousvos bannières, et, après les avoir discipli-nés à votre manière, vous rétabliriez la pa-trie arabe, et soumettriez l’Orient. Lacirconcision et la privation du vin étaientles seuls obstacles que je leur opposai. Onentra en discussion sur les moyens d’éluderces deux questions. Ces braves gens pen-saient aussi qu’avec le ciel il est des accom-modements : ils déclarèrent que l’on pou-vait être musulman et boire du vin, pourvuque l’on doublât ses œuvres de bienfaisance.Je fis alors tracer le plan d’une mosquéeplus grande que celle de Gemil-el-Azar,sous prétexte d’élever un monument à laconversion de l’armée, mais au fait je nevoulais que gagner du temps. Le fétam d’o-béissance fut donné par les scheiks, qui me

déclarèrent ami du prophète et spéciale-ment protégé par lui. Le bruit fut générale-ment répandu qu’avant un an, toute l’arméeporterait le turban, et nos soldats ne tardè-rent pas à éprouver les bons effets de celteruse bien innocente et bien permise dans lasituation où nous nous trouvions.

Débarquement. Bataille (l’Aboukir.

Vers la fin de juillet, les Mamelucks re-parurent dans la basse Égypte , et Mourad-Bey redescendit vers Giseli. Pendant queje faisais mes dispositions pour leur donnerla chasse, je reçus la nouvelle que 15 milleTurcs, amenés par une flotte partie de Rho-des , venaient d’exécuter un débarquementsur la plage de la presqu’île d’Aboukir, etqu’ils avaient même déjà emporté de viveforce le fort de ce nom. Je sentis la néces-sité de me débarrasser de ce corps avantqu’il eût reçu du renfort, ou qu’il eût étéjoint par les Mamelucks et les insurgés dupays. Le 24 juillet, la partie de l’armée queje destinais à cette expédition se trouvarassemblée aux puits, entre Alexandrie et Aboukir. Le lendemain, j’attaquai lesTurcs.

Ces extravagants placent leur plus grandeconfiance dans la cavalerie, et, venus parmer, ils n’en avaient pas : mon projet d’at-taque fut fondé sur cette singulière combi-naison. Les deux lignes de retranchements,qu’ils avaient ébauchées pour barrer lapresqu’île, furent successivement enlevées,malgré la résistance opiniâtre qu’ils oppo-sèrent. En même temps, Murat parvint,par mes ordres, à pénétrer entre leurs li-gnes avec quelques escadrons, et à y semerl’épouvante. Tous voulurent fuir à l’envipour regagner leurs embarcations; ils n’eneurent pas le temps. Ce qui ne fut pas passéau fil de l’épée, trouva la mort dans lesflots. De 12 à 15 mille hommes qu’ils étaient.