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Tome premier.
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CH AP. XII. ANNÉES 1807 ET 1808.

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avec ce général. Si, répugnant à un telmoyen, Dupont préférait s’en remettre à laloyauté espagnole (dont il devait se méfierdans un mouvement révolutionnaire où tantde chefs avaient payé de leur tête le moin-dre signe de modération envers les Fran-çais ) , comment put-il se décider à traiterpour une troupe qui avait sa retraite libresur Madrid ? Ignorait-il que même chez lesTurcs le grand-visir cerné n’a le droit detraiter pour d’autres que pour lui? Il n’a-vait qu’un parti à prendre, c’était de signi-fier à Reding et à Castanos qu’un généralenveloppé par l’ennemi ne pouvait donnerd’ordre à un de ses lieutenants qui avait saretraite libre; que, si on lui commandaitune démarche aussi humiliante, il ne luirestait qu’à vaincre ou à mourir les armesà la main, et à donner aussitôt le signal ducombat : il eût peut-être été fait prisonnieren rase campagne; mais alors il eût suc-combé en brave, je n’aurais pas eu le cou-rage de lui reprocher sa faute. Loin de là,il eut la faiblesse d’obéir aux injonctions deCastanos , et crut mettre sa responsabilitéà couvert en stipulant que sa division se-rait prisonnière et transportée par mer enFrance , où elle ne servirait qu’après sonéchange; que la division Wedel défileraitavec ses armes, les déposerait en faisceaux,et s’embarquerait également pour la France ;on ne devait lui rendre ses armes qu’aumoment de l’embarquement. Quinze milleFrançais mettre bas les armes, tandis quela moitié d’entre eux avait la retraite assu-rée sur Madrid , et ne respirait que ven-geance et combats !

On sait au reste comment les Espagnols violèrent cette capitulation, et comment,sous prétexte de représailles pour ma con-duite envers eux, ils jetèrent ces malheureuxdans des pontons où la plupart périrent demisère et de désespoir.

Cette funeste catastrophe apprit à l’Eu-rope que nous pouvions aussi rendre lesarmes ; elle ruina pour longtemps nosaffaires dans la péninsule; elle exalta jus-qu’à la frénésie l’enthousiasme de nos en-nemis. Dupont et Marescot, qui avaientnégocié ce traité auquel ils devaient êtreétrangers, furent arrêtés à leur retour enFrance et détenus jusqu’à ma première ab-dication. J’avais ordonné, pour l’exemple,qu’on fît leur procès. Ce procès traîna : ona dit que j’en redoutais l’issue; il n’y avaitcertes pas de raison. Si l’amiral Bing avaitété condamné à mort pour n’avoir pas vaincuà Port-Mahon, quelle peine ne méritaientpas les signataires d’un traité qui faillitcauser la perte de tout ce que nous avionsde troupes en Espagne ?

La position désespérée où l’on avait placéDupont était une faute incontestable; ilpouvait être pris, c’eût été un malheur;mais il devait se faire du moins prendrecomme François i er à Pavie. Un généralen chef, pour sauver une armée entière,peut signer des traités d’évacuation, commeMêlas à Marengo; il paya le salut de 70mille hommes au prix de quelques forte-resses : mais un lieutenant-général, com-mandant une fraction considérable d’armée,ne doit jamais, sous de vains prétextesd’humanité, signer des capitulations en rasecampagne, pour conserver quelques batail-lons de plus à son pays; ces capitulations-là, loin d’être avantageuses compromet-tent, au contraire, une armée entière etl’influence morale acquise souvent par dixans de victoires. Dupont ternit ainsi, parun moment de faiblesse, une carrière illus-trée par des talents incontestables et debrillants faits d’armes.

Pendant que ceci se passait au midi, lesiège de Saragosse se préparait avec toutel’activité que le pays et les obstacles pou-