210
Mémoires
pouvoit continuer leur route : iis s’étaient flat-tés d’y trouver quelque soulagement ; mais,dépourvu de médicaments, de viande, de lé-gumes, sans spiritueux, sans fourrages, j’étaisobligé de renvoyer ceux qui n’étaient pas ab-solument incapables d’évacuer la place. Néan-moins il m’en resta encore plus de trente-cinqmille , qui ne fournissaient pas au delà dehuit a dix mille combattants: encore étaient-ce presque tous des recrues qui n’avaient niexpérience ni discipline. Cette circonstance àla vérité m’inquiétait peu ; je connaissais nossoldats ; je savais que, pour bien faire, ils n’ontbesoin que de l’exemple; j’étais résolu de ne pasm’épargner.
Tel était l’état déplorable où se trouvaientla place et les troupes chargées de la défendre.Il fallait d’abord pourvoir au plus pressé, etnous mettre a l’abri d’insultes ; la chose n’étaitpas aisée: la neige encombrait les fortifications;elle obstruait tous les chemins couverts, toutesles avenus; le froid était extrême; le thermo-mètre marquait au-delà de v ingt degrés, et laglace avait déjà plusieurs pieds d’épaisseur.Néanmoins il n’y avait pas à balancer; il fallaitse résoudre à être enlevé de vive force, ou sesoumettre à de nouvelles fatigues presque aussiexcessives que celles que nous avions essuyées.Je me concertai avec deux hommes dont le dé-vouement égalait les lumières : c’étaient le co-lonel Richemont et le général Campredon, tousdeux attachés au génie, dont le dernier avaitle coinmendement. Je donnai l’ordre d’éleverde nouveaux ouvrages et de dégager les eauxde la Yistule. Cette entreprise semblait inexe-