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Mémoires du Général Rapp, Aide-de-Camp de Napoléon / écrits par lui-même et publiés par sa famille
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Mémoires

il ne fut pas possible de faire une seconde ten-tative.

11 ne nous restait de ressources que cellesdu courage : ce n’était plus qu’a la pointe del’épée que nous pouvions obtenir des subsistan-ces ; mais quel que fût le dévouement des trou-pes, la prudence ne permettait pas de lesyon-duire a l’ennemi, consumées comme ellesétaient par les maladies et la misère. Il fallutse résigner a son étoile, et attendre patiem-ment que la douce influence de la belle saisonvint réparer leurs forces: ce terme ne parais-sait pas éloigné; tous les signes qui l’annoncentse manifestaient déjà. La température s’étaitadoucie, les glaces commençaient a fondre, ladébâcle était prochaine, et l’on se flattait quel’inondation apporterait enfin quelque relâcheaux fatigues qu’on essuyait; mais ce qui devaitsoulager nos maux était toujours ce qui les por-tait au comble.

La Vistule se dégagea avec violence : depuis1775, on n’avait pas eu d’exemple d’une telleimpétuosité; la plus belle partie de Dantaic,ses magasins, ses chantiers, devinrent la proiedes eaux; la campagne en était couverte; ellene présentait, dans une étendue de plusieurslieues, que l’affligeant spectacle d’arbres déra-cinés, de maisons détruites, d’hommes , d’ani-maux sans vie, flottant pêle-mêle au milieudes glaçons, Notre perte semblait inévitable:tous nos ouvrages étaient détruits ; nos palissa-des emportées, nos écluses rompues, nos fortsentrouverts et minés par les flots, nous lais-saient sans défense devant un ennemi nombreux.