CHAP. IV. - DES PONTONNIERS. lf)5
le feu de l’ennemi • si le souvenir de la Bérézina nevenait frapper l’imagination effrayée et rappelerl’événement le plus désastreux de toutes les cam-pagnes de guerre.
L’antiquité et l’histoire moderne n’ont consacréaucune destruction d’armée aussi inévitable, aussiimminente et aussi générale; les régimens et lesescadrons les plus intrépides et les plus infortunésdu monde , allaient disparaître sous les glaces; lecourage disputait au désespoir l’heure de la catas-trophe : quand des cables, des radeaux, des poutrescroisées , établissent une communication au-dessusdes abîmes. La hardiesse, le sang-froid, le géniecréateur des officiers, sous-officiers et soldats-pontonniers; l’excitation, le zèle et l’exemple del’artillerie , trouvent, disposent et consolident lesmoyens de salut : enfin , le fleuve fatal est franchi;l’armée confondue dans ses rangs, pétrifiée par lesvents et les frimats, se voit échapper à la fatalitéde sa destinée.
Mais bientôt la hardiesse, l’art, l’excitation , lezèle et l’exemple, rien ne la sauvera plus ; le ciel im-pitoyable redouble ses rigueurs ; la neige tombeplus épaisse ; l’hiver souffle plus courroucé ; et leshommes et les armes tombent à la fois abattus etpêle-mêle.
Les légions du Nord ne trouvent à combattreque des héros à terre; elles triomphent de cadavres!