MÉMOIRES DE NAPOLÉON.
?6
obligé de partir. Cette petite révolution se passadans l’intérieur, et n’eut pas de publicité. Lespatriotes s’étaient, en hommes habiles, réservéd’en tirer un plus grand parti pour le desseinqu’ils avaient conçu.
Cet acte dont ils étaient possesseurs étaitl’ouvrage du grand-pensionnaire Blesswick, et ilétait écrit de sa main. Le grand-pensionnaire,premier ministre, s’était, par cela seul, constituéen état de trahison ; et si cet acte était dénoncéaux États-généraux, ils le livreraient à une con-damnation capitale. Blesswick, homme d’ungrand talent, jouissait d’un crédit populaire.Les patriotes, au lieu de s’en défaire comme ilsavaient fait du duc Louis qui ne pouvait cpieleur nuire, se décidèrent à en tirer parti, et ilsfirent sagement. Le caractère de ce peuple ré-fléchi et prudent se retrouve dans toutes sesrévolutions. Ils montrèrent à Blesswick l’actequ’il avait imprudemment rédigé, et lui propo-sèrent l’alternative d’être accusé par eux, oude les servir. Comme ils s’y attendaient bien,Blesswick ne balança point, d’autant que ce titrerestait entre les mains des patriotes. Il se dé-voua à leur projet, et se montra si fidèle auxengagements, quoique forcés, qu’il avait con-tractés avec eux, que, lorsqu’il eut terminéles cinq années que durait l’exercice de Grand-