LIVRE I, C1IAP. I. 55
L’empereur Joseph et Frédéric paraissaient resterpaisibles observateurs de tous les événements ; mais ilsse préparaient à les faire tourner à leur profit. Deuxconférences avaient eu lieu entre ces monarques, lapremière à Neiss, en 1769, la seconde à Neustadt, enMoravie . Le but de ces conférences ne peut être jugéjusqu’à présent que par leur résultat. Quelques histo-riens pensent qu’il y fut résolu de ne pas souffrir queCatherine exécutât paisiblement ses projets. D’autrescroient au contraire que le premier démembrement dela Pologne y fut mis en question.
Le prince Henri de Prusse , frère du roi, avait étéenvoyé à Pétersbourg vers le même temps : bien desgenspensent que ce fut ce prince qui proposa à l’impératricele premier partage de la Pologne . Rulhière croit, avecplus de raison , que la czarine jugea, parle ton des né-gociations de Frédéric et de Joseph , qu’ils voulaientplutôt avoir leur part aux dépouilles que s’y opposerentièrement, et qu’elle leur fit des propositions en con-séquence.
Sans rien affirmer sur un point où l’histoire n’a en-core que des conjectures, il est assez probable quel’on séduisit le roi par l’avantage de lier ses provincesde Brandebourg et de Poméranie avec la Vielle-Prusse,en lui cédant cette lisière de la Pologne qu’il était obligéde traverser pour aller de l’un de ses États dans l’autre,et en lui faisant espérer Thorn et Dantzig. Frédéric,qui a décrit tous les événements de son règne avec untalent supérieur , n’a jamais osé soulever le voile quicouvre encore ce mystère.
Depuis que la France était le jouet de quelquesfemmes ; que ses ministres avaient signé l’étrange