LIVRE I, CHAP, III.
147
avoii* été dicté par les principes les plus purs. Si l’onpouvait reprocher à l’Assemblée constituante d’avoirébranlé le corps politique sans prudence, et humiliél’autorité royale, en lui enlevant sa force et son pou-voir, elle venait de prouver, en renonçant à ses fonc-tions, qu’elle n’avait eu d’autre mobile que le bienpublic, et qu’elle ne pourrait être accusée que de l’avoirmal conçu. Il faut convenir néanmoins que de toutesles fautes qu’on lui a imputées, la plus grave fut cemême décret qui interdisait la réélection de ses mem-bres; on lui pardonnerait plutôtde s’étre arbitrairementprorogée; et si jamais une telle mesure eût été excusa-ble , c’était dans les circonstances où se trouvait leroyaume ; car elle seule pouvait sauver son ouvrage etle modifier avec le temps.
Il ne s’agissait plus en effet de quelques privilèges decaste , aux prises avec les justes prétentions du tiers-état. On voyait aujourd’hui ces plébéiens eux-mêmes,débarrassés des oppositions d’une noblesse disperséeet fugitive ou d’un clergé réduit à la nullité, exaltésdans leurs idées de liberté, livrés aux cabales d’ambi-tieux légistes devenus tout-à-coup souverains, et nerêvant qu’au moyen de détruire les dernières lignes dedémarcation qui existaient encore dans les rangs dela société. Les travaux mêmes de l’Assemblée consti-tuante leur semblaient un ouvrage incomplet, puisqu’ilslaissaient subsister un Roi, des princes , des ministres,dont on disait hautement, sans songer à la différencedes temps et des hommes, que les Romains s’étaientbien passés.
Les nouvelles élections étant exclusivement livréesà ceux qui montraient le zèle le plus exagéré pour les