LIVRE XIX, CHAP. CX1V.
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des Mornes.
moyens de se soutenir, et permettre aux noirs de concentrerleur défense dans les hautes montagnes qui forment le nœudde l’ile et dominent les provinces du Sud, de l’Ouest, duNord, qu’elles séparent de la partie espagnole. Ce quartiercentral, assez justement nommé le Grand-Chaos , offrait unrefuge assuré à la frugale et robuste population noire ; lefort de la Crête-à-Pierrot, construit au pied du versant oc-cidental de l’Artibonite, formait, avec les postes de la Mar-melade, du Dondon et du Gros-Morne, les clefs de ces posi-tions intérieures.
Il faut connaître ces âpres montagnes et l’intempérie de Difficultésce climat, pour avoir une idée de ce qu’une troupe euro - 1péennc y éprouve de difficultés. Les Alpes n’offrent riend’aussi redoutable que ces mornes, couverts d’immenses fo-rêts impénétrables au chasseur le plus intrépide. Dans lesgrandes chaînes européennes, les hautes sommités couron-nées de glaces éternelles, et quelques parties de roches es-carpées, sont seules inaccessibles ; partout ailleurs, une mon-tagne offre sur ses flancs des sentiers que l’infanterie peutgravir ; mais dans les mornes de S'-Domingue, s’élèvent desforêts antiques, dont les brousailles épineuses, semblablesaux bois les plus touffus de notre hémisphère, ferment toutaccès aux troupes. Indépendamment des savanes, dans laplaine même, les habitations offrent un terrain fourré très-favorable à la guerre de chicanes : marcher toute une jour-née par des chaleurs excessives, pour avancer tout au plusde quelques lieues ; rester exposé à une fusillade perpétuelle,sans voir d’où elle part; ne trouver aucun gîte; ne découvriraucune trace d’un ennemi qui, familiarisé avec les moindres