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RONDEUR DE LA TERRE.
suppositions. Voici un fait, mille fois et partout constaté, quise trouve en contradiction absolue avec la première hypothèseet en accord complet avec la seconde.
Soit un observateur placé en A' (flg. 2), à une hauteur quel-conque AA', sur le rivage de la mer par exemple, et regardantun vaisseau qui s’éloigne dans la direction AB. I)u point A' me-nons A'B taugentiellement au globe terrestre : le point de con-tact B étant un point du contour apparent de ce globe, tous lespoints de la surface seront visibles jusqu’en B et invisibles audelà de B. En fait, le vaisseau sera visible tout entier du pointA', tant qu’il n’aura pas dépassé le point B; mais, à partir de B,en C, D, E, par exemple, le vaisseau paraîtra s’enfoncer de plusen plus au-dessous de l’horizon, à commencer par la coquedu navire ; les voiles inférieures disparaîtront en D ; puis leshautes voiles et enfin le navire tout entier en E. Toujours lesdernières parties visibles sont les parties supérieures, celles quidépassent la tangente A'B prolongée indéfiniment. Les phéno-mènes du coucher du Soleil ou de la Lune sont tout à fait ana-logues; on pourrait dire que le vaisseau s’est couché pour l’ob-servateur A', lorsqu’il a atteint le point E. Si l’observateurveut revoir le vaisseau qui vient de disparaître pour lui en E, illui suffira de s’élever un peu plus au-dessus du sol, de se placeren A", par exemple. De là, la tangente au globe terrestre aurason point de contact par delà le point B, et le vaisseau resteravisible beaucoup plus longtemps sur un horizon élargi. C’estainsi qu’une vigie, placée au haut des mâts d’un vaisseau, voitles navires ou les rivages éloignés, lorsqu’ils sont encore au-dessous de l’horizon pour le marin placé sur le tillac. Ce phé-nomène vulgaire démontre donc aux yeux la courbure de laTerre ; il en donnera même la mesure, en supposant quel’arc ABCDE soit un arc de cercle, et pour obtenir une déter-mination assez approchée du rayon terrestre , il suffira demesurer l’arc AE compris entre la station de l’observateur etle point où le vaisseau disparaît entièrement à ses regards. Leséléments du calcul se réduisent, on effet, à la longueur de l’arcAE et aux deux hauteurs A'A, EK; et, comme on trouve tou-jours à très-peu près la même courbure, en quelque point dela Terre que l’on répète cette opération, il faut bien en con-clure que la Terre est sensiblement sphérique.