DEUXIEME EPOQUE.
433
noit trois fois septfeuillets, le septiesme desquels estoittousjourssans escriture, au lieu de laquelle ily avoit peint une verge etdes serpens sengloutissans; au second septiesme, une croix oüun serpent estoit crucifiö; au dernier septiesme estoient peintsdes deserts, au milieu desquels couloient plusieurs belles fon-taines, deut sortoient plusieurs serpents qui ccuroient parcy etpar lä. Au premier des feuillets il y avoit escrit en lettres grossesCapitales dordes : Abraham le Juif,prince, prestre levixe, as-
TROLOGUE ET PHILOSOrHE, A LA GENT DES JüIFS , PAR L’lRE DE DlEE
dispersee adx Gaules , salut. D. I.
« Geluy qui m’avoit vendu ce livre ne sqavoit pas ce qu’il valoit,aussi peu que moy quand je l’acheptay. Je crois qu’il avoit estödesrobe aux miserables Juifs, ou trouvd quelque part cache dansl’ancien lieu de leur demeure. De ce liure au second seuillet, ilconsoloil sa nation. — Au troisiesme et en tous les autres suivansescrits, pour ayder sa captive nation ä payer les tributs aux em-pereurs romains, et pour faire autre chose que je ne diray pas,il leur enseignoit la transmutation metallique en paroles com-munes, peignoit les vaisseaux au coste , et advertissoit des cou-leurs et de tout le reste, sauf de premier agentduquel il n’endisoit mot, mais bien il le peignoit et figuroit par tres-grandarlislce. — Donc le quatriesme et cinquiesme seuillet estoit sansescriture, tout remply de belles figures enluminöes; car cetouvrage estoit fort exquis. Premierement il peignoit un jeunehomme avee des aisles aux talons, avec une verge caduceen main, entortillee de deux serpens, de laquelle il frappoitune salade qui lui couvroit la teste : il sembloit, ä mon petitadvis, le dien Mercure des payens; contre iceluy venoit courantetvolanlä aisles ouvertes, un grand vieillard, lequel sur sa testeavoit un horloge attachö, et en ses mains une faulx comme laMort, de laquelle, terrible et furieux, il vouloit trancher la testeä Mercure. A 1'autre face du seuillet quatriesme, il peignoit unebelle fleur en la somitd d’unemontagne tres-haute, quel’aquilonesbranloit fort rudement; eile avoit le pied bleu, les fleurs Man-ches et rouges, les feuilles reluisantes comme l’or fin, L l’enlourde laquelle les dragons, griffons aquiloniens, faisoient leur nidet demeurance. Au cinquiesme seuillet y avoit un b^au rosierHenry, au milieu d’un beau jardin, eschelant contre un chesnecreux, au pied duquel bouillonnoit une fontaine d’eau tres-blanche, qui s’alloit precipiter dans les abysmes, passanl neant-