DEUXIEME EPOQUE. 455
qu’il ne fist pour le voir; mais tousjours je i’asseuray que je nei’avois point, bien luy fis-je une grande description de sa Me-thode. II disoit que le premier pourtraict representoit le Tempsqui devoroit tout, et qu’il falloit l’espace de six aus, seien lessix feuillets escrits, pour parfaire la pierre; soustenoit qu’alorsil falloit tourner l’horloge et ne cuire plus. Et quandje lui disoisque cela n’estoit peint que pour deinonstrer et enseigner le pru-inier agent (comme estoit dit dans le livre), il respondoit quecette eoction de six ans estoit comme un second agent. Que ve-ritablcment le premier agent y estoit peint, qui estoit l’eaublanche et pesante, qui saus doute estoit le vif-argent que l’onne pouvoit fixer, ny ii iceluy couper les alles, c’est-a-dire ostersa volalilitö, que par celte longue decoction, dans un sangtres-pur dejeunes enfanls; que dans iceluy ce vif-argent se conjoi-gnanl avec l’or et l’argent se convertissoit premierement aveceux eu une herbe semblable & celle qui estoit peinte, puis aprbs,])ar corruption, en serpens, lesquels estans apres entierementassechez et cuiz par le feu, se reduiroient en poudre d’or, quiseroit la pierre. Cela fust cause que durant le long espace devingl-un ans je fis mille brouilleries. Enfin, ayanl perdu espö-ranee de jamais comprendre ces figures, pour le dernier, je fisun vdeu a Dieu et ä inonsieur saint Jacques de Gallice, pour de-mander l’interpretation d’icelles, ä quelque sacerdot juif, enquelque synagogue d’Hespaigne.
« Donc, avec le consentement de Perrenelle, portant sur moil’extraict d’icelles, ayant pris l’habit et le bourdon, je me misen cbemin, ct taut fis que j'arrivay a Monljoye, et puis ä Saint-Jacques, oii avec grande devotion j’accomplis mon voeu. Celafait, dans Leon, au retour je rencontray un marchand de Bou-logne qui me fit connoislre ä un medecin juif de nation, et lorschrestien, demeurant au dit Leon, lequel estoit fort seavant enSciences sublimes, appele maistre Canches. Quand je luy eusmonstre les ligures de mon extraict, ravi de grand estonnementet joye, il me demanda incontinentsi jesgavois nouvellesdu livreduquel elles estoient tirees. Je lui respondis que j’axois espe-rance d’en avoir de bonnes nouvelles, si quelqu’uu me dechif-froit ces enigmes. Tout ii l’instant, emporlö de grande ardeur etjoye, il cominenca de tn’en descliiffrer le commencement. Or,pour n’estre long, luy tres-conlent d’apprendre des nouvelles oüestoit ce, livre, et moy de l’en ouyr parier, nous resolumes en-