NOTICES BIOGRAPHIQUES. 283
travail des plus ardus,— que l’homme a pu percer les ténèbresprofondes de l’ignorance et franchir les bornes étroites danslesquelles la nature l’avait pour ainsi dire renfermé. Ce mo-nument sera toujours inachevé, mais le trésor de nos connais-sances croît avec le temps; et cela suffit pour faire régnerl’émulation dans le domaine de la science. Chacun y creuse sonsillon suivant la mesure de ses forces. Le moissonneur et leglaneur y travaillent pour le compte de la même famille,la grande famille humaine ; et la lutte qui va bientôt com-mencer au Champ-de-Mars (*) est une de celles qui profitentaux vaincus comme aux vainqueurs.
Si les bornes de son intelligence ne permettent pas à l’hommede saisir l’alpha et l’oméga de la création, c’est-à-dire sonorigine et sa fin, cette impossibilité n’empêche point celui quin’a pas l’esprit enfoncé dans la matière de chercher à s’ins-truire et de donner carrière à son imagination.
L’historien remonte le cours des âges pour trouver la tracedes premiers pas de l’humanité; il éclaire le présent avec leslumières du passé; il lègue à l’avenir le fruit de ses réflexions ;il voit dans l’être idéal qu’on nomme le progrès une espècede pendule qui échappe à l’analyse mathématique; il connaîtles oscillations accomplies, mais l’amplitude et la durée desoscillations futures sont pour lui des mystères. Tant que lesgénérations seront aussi changeantes que les Ilots, on chercheraen vain la loi du flux et du reflux des révolutions ; et ceux quiannoncent certaines catastrophes comme on prédit une éclipseoublient que nous ne sommes pas au temps des prophètes.
Le philosophe descend au fond des systèmes avec le flam-beau de la raison ; il les sonde pour en faire jaillir quelquesétincelles de vérité. En attendant qu’un nouveau Newton dé-couvre enfin la loi générale de la gravitation des esprits et descœurs, ou le code immuable du monde moral, le philosophepeint les choses telles qu’il les voit, sans-prétendre les voirtoujours telles qu’elles sont. Il sait que l’infaillibilité n’est pasde ce monde.
Le poète appelle sur la scène les héros qui luttent pour sub-juguer les passions, les sages qui sont parvenus à les régler,
(*) Exposition internationale de 1867, à Paris.