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TROISIEME PARTIE.
et les fous qui.ont subi gaiement leur empire; ou bien ils’élance, grâce aux ailes de l’imagination, du sein de la natureau sommet de l’idéal. Éternel enfant prodigue, il quitte souventle bercail, mais il y revient bientôt: n’est-il pas, dit-on, l’enfantgâté du monde et celui du bon Dieu?
Le physiologiste cherche à saisir le mystère de la vie, un mi-croscope à l’œil, un scalpel à la main. Laissant à d’autres explo-rateurs les excursions lointaines, il se livre à des recherches épi-neuses qui ne laissent pas d’être hardies, tantôt dans la plaineéthérée de la foi, tantôt dans le sombre abîme du scepticisme.
Le physicien interroge les agents impondérables pour sur-prendre leurs secrets; il promulgue les lois de la nature avecl’autorité d’un vrai législateur, pendant que son confrère faitconcurrence à cette puissance mystérieuse.
Autocrate du monde des atomes, le chimiste analyse et com-bine les éléments de la matière; il persécute la nature par lefer, par le feu et par maints réactifs pour l’obliger à se dé-couvrir et créer enfin d’après elle.
Ici la marque de fabrique importe peu: le créateur n’a pasdéposé de plainte au parquet, et l’autorité laisse une entièreliberté à l’honnête contrefacteur. Que dis-je? Elle l’honore,elle respecte son laboratoire, elle n’estampille pas ses produits,elle pousse à la consommation.
Le géomètre, autre génie créateur, analyse et combine lesêtres abstraits qui peuplent le domaine des mathématiques,des êtres éclos dans son cerveau; et comme il opère dans celaboratoire en apparence si petit avec les seules ressources deson intelligence, on voit qu’il puise en lui-même et la matièrepremière et les réactifs dont la puissance éclate dans ses œu-vres : ne fait-il pas entrer dans ses calculs le néant et l’infini ?
Pour croire, après cela, que les géomètres n’ont pas d’ima-gination, il faudrait en être, vraiment dépourvu; et nousconcevons que l’illustre chimiste Thénard se soit trouvé petiten se comparant à l’illustre géomètre Laplace f).
La vie des grands mathématiciens est un enseignement pour
O » Que sommes-nous, disait-il le jour des funérailles de Laplace, quesommes-nous à côté d’un tel homme! » Celte courte oraison funèbre en vautbien une autre.