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Grammaire et logique mathématiques élémentaires : A,B,C de l'X : suivies d'exercices choisis et de notices biographiques sur les géomètres et les astronomes illustres depuis Thalès jusqu' à Biot / par Ch. Redouly
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NOTICES BIOGRAPHIQUES. 39)

Fontenelle, toujours craignant quelque surprise,

Aux passions sur lui ne donne point de prise,

Soigne attentivement son timide bonheur,

Même dans l’amitié met en garde son cœur;

Ami des vérités, par crainte les enchaîne,

Et s’abstient du plaisir pour éviter la peine.

En général, le caractère de la philosophie de Fontenelle esttin scepticisme modeste et une réserve calculée. Il disait sou-vent que s’il tenait toutes les vérités dans sa main, il se garde-rait bien de l’ouvrir; mais il avait aussi coutume de dire : « Lesage tient peu de place, et en change peu. » Et cette dernièremaxime qu’il ne suivit pas à la lettre lui faisait oublier à l’oc-casion le principe désolant qui la précède. Le fait est que ses liai-sons avec le Régent et son Dubois ne nuisirent ni à l’intégriténi à l’indépendance de son caractère. Ainsi le Régent lui ayantdemandé sa voix pour un de ses protégés qu’il voulait faireentrer à l’Académie française, le philosophe la lui refusa.

« Fontenelle, je crois peu à la vertu, lui dit un jour ce même| prince. » — « Il y a pourtant d’honnêtes gens, répondit Fonte-nelle ; mais ils ne viennent pas vous chercher, Monseigneur. »

, Fontenelle était àla fois économe et libéral suivant sesinoyens ;

mais la bienfaisance chez lui était plutôt un besoin de sa rai-son qu’un plaisir du cœur. Un de ses amis nommé Brunei,avocat à Rouen, lui ayant écrit : « Vous avez mille écus, en-voyez-les-moi », Fontenelle répondit à ces mots : « Lorsquej’ai reçu votre lettre, j’allais placer mes mille écus, et je neretrouverai pas aisément une aussi belle occasion; voyezdonc. » — « Envoyez-moi vos mille écus, » répliqua Brunei,et Fontenelle lui envoya ses mille écus ; et il sut gré à sonami de son laconisme.

Au commencement du xvm e siècle, le goût pour les recher-ches scientifiques étant devenu plus général, cet heureux pen-chant fut merveilleusement secondé par les écrits de Fonte-nelle et par ses qualités sociales. Il portait dans le commercedu grand monde, avec la grâce de l’élocution qu’on ne peutmettre dans un livre, l’art d'instruire en amusant. Il savaitdéfinir avec clarté, démontrer avec précision, mettre les vé-rités les plus abstraites à la portée de tous les esprits, et toutcela avec enjouement. Il se vantait de n’avoir jamais donné le