390 TROISIÈME PARTIE,
et qu’il l’introduisit dans le temple du goût par les vers sui-vants ;
C’était le discret Fontenelle,
Qui, par les beaux-arts entouré,
Répandait sur eux à son gréUne clarté vive et nouvelle.
D’une planète à tire-d’aileEn ce moment il revenaitDans ces lieux où le goût tenaitLe siège heureux de son empire,
Avec Mairan (* (**) ) il raisonnait,
AvecQuinault (") il badinait;
D’une main légère il prenaitLe compas, la plume et la lyre.
Fontenelle ne travailla pas seulement à l’Académie dessciences en qualité de secrétaire, il paya son tribut d’académi-cien en composant la Géométrie de l’infini. Cet ouvrage, unepréface remarquable de l’Analyse des infiniment petits del’Hôpital et un mémoire sur YExtension de la propriété dunombre neuf composent à peu près tout son bagage scientifique.Fontenelle, il est vrai, ne se piquait pas d’être profond enmathématiques. Lorsqu’il présenta sa Géométrie de l’infini auRégent, il lui dit spirituellement : «Monseigneur, voilà un livreque huit hommes seulement, en Europe, sont en état de com-prendre et l’auteur n’est pas du nombre. » Cette Géométrie del’infini, fort vantée par tous les amis de l’auteur, fut mieuxappréciée par d’Alembert dans l’article infini de l’Encyclopédie ;et si cet ouvrage ne faisait pas partie de la collection desmémoires de l’Académie des sciences il serait tout à fait oubliéaujourd’hui.
Dans un opuscule intitulé : du Moniteur, Fontenelle en a,pour ainsi dire, écrit le code et révélé les secrets. Inspiré par lalecture de ce morceau, Delille a voulu peindre la philosophiede l’auteur dans les vers suivants :
(*) Membre de l’Académie des sciences, qui succéda à Fontenelle dansla place de secrétaire, en 1741.
(**) Membre de l’Académie française et fondateur du théâtre lyrique enFrance.