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INTRODUCTION. - CHAPITRE II.
Les exemples suivants surprennent au premier abord. Dans la sphèrejaponaise, si différente de la nôtre, la constellation du Cancer ou Écrevisseest figurée par un crustacé comestible des mers de l’Orient, la limule àdoigts variés '.On a trouvé que les Iroquois nommaient le quadrilatère dela Grande Ourse okouari, ce qui dans leur langue signifie l’ours. Cette coïn-cidence est certainement singulière. Il faut voir cependant s’il s’agissait d’unedénomination vraiment originale. Les Indiens du Canada avaient été debonne heure en relation avec les colons français et en avaient reçu unecertaine instruction. Les Micmacs, par exemple, désignaient, en 1606, àMarc Lescarbot , la Grande et la Petite Ourse sous les noms de mouhinneet mouhinchiche 1 2 , qui n’étaient que la traduction, dans leur langue, de cequ’ils avaient entendu des Européens. Mais chez les Iroquois , dit Lafitau 3 ,il y avait originalité, parce que le nom d’ours ne s’appliquait qu’au quadri-latère; l’ours, disaient-ils, n’a qu’une très petite queue, dont les trois étoiless, ç, >? feraient une exagération monstrueuse. Ces trois étoiles forment poureux un astérisme différent, trois chasseurs qui sont à la poursuite de l’ours,et dont celui du milieu porte la chaudière figurée par y Ursae majoris (Alcor).
En admettant ce raisonnement sur l’originalité du terme, la situation del’astérisme près du pôle n’a-t-elle pas donné l’idée d’un symbole, qui serattache d’une manière intime aux régions du Nord? L’ours lient une placenotable dans les préoccupations des peuples septentrionaux. Chez les Finnois,en particulier, il a sa fête annuelle, nommée fête de l’ours, dans laquelle unde ces animaux, mêlé à une soupe de pois, est mangé en commun par tousles membres de la tribu L
Il n’y avait d’ailleurs rien d’extraordinaire à ce que la Grande Ourse repré-sentât, pour les différentes peuplades du nord de l’Amérique , un des animauxles plus volumineux de leur région. Pour les Esquimaux c’était le renne,pour les Indiens de Puget Sound c’était l’élan. Mais ces conceptions degrande zoographie ne se maintenaient pas en changeant de pays. Ainsi chezles Aztèques l’Ourse était un scorpion, en Chine c’était un boisseau, dansHomère c’était un chariot. Les anciens Égyptiens, les Arabes , les Mongolsont démembré celle constellation, traitant séparément le quadrilatère et laqueue. De celle-ci, l’ancienne Égypte faisait une jambe, et les Italiens
1 Limulus heterodactylus. — 2 Lescarbot , Histoire de la Nouvelle France, 1G09 ; Le Clerc,
Nouvelle relation de la Gaspésie, 1G91, chap. vij. — a Lafitau , Mœurs des sauvages, éd. 4°,
1724, t. II, p. 239. — 4 Prichard, Researches into the physical liistory of mankind,
3rd ed. (la dernière donnée par l’auteur), vol. III, 1841, p. 294.