ÉPOQUE FABULEUSE. - NAISSANCE DE L ASTRONOMIE.
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L’inquiétude se répandait dès qu’on la voyait entamée. Si elle allaitdisparaître tout entière, pensait-on, ce serait le signe qu’elle auraittrouvé la mort. Alors elle ne pourrait plus se soutenir au ciel, et entombant sur la Terre elle écraserait les pauvres mortels et le monde finirait.C’est pourquoi, aussitôt que quelqu’un s’apercevait d’une de ces éclipses,dont ce peuple était incapable de prévoir les dates, tous se jetaient sur lesinstruments qui pouvaient leur tomber sous la main, tambours, trompettes,timbales, faisant un vacarme épouvantable. En même temps ils attachaientles chiens et les fouettaient, pour leur faire pousser des cris lamentables;car ils étaient persuadés que la Lune aime les chiens et que, touchée deleurs gémissements, elle ferait un effort pour se ranimer. Les Grecs del’antiquité classique auraient-ils parlé autrement de Diane chasseresse?
Hommes, femmes et enfants se joignaient, au Pérou , pendant que duraitl’éclipse, dans un concert bizarre de cris : marna quitta, mania quitta! c’est-à-dire maman Lune , suppliant les puissances célestes de ne point la laissermourir. Aussi, quand elle reprenait sa lumière, louait-on le grand dieuPachacamac, soutien de l’univers, qui l’avait guérie. Et quand elle étaittoute revenue, on rendait grâce non seulement de sa guérison, mais aussi dece qu’elle n’était point tombée pour mettre fin à l’existence des hommes.Garcilaso dit que toutes ces pratiques se faisaient encore de son temps, undemi-siècle après la conquête.
Aux Antilles , les mêmes idées, à bien peu près, régnaient au sujet deséclipses de Lune . On faisait un semblable tapage, en frappant sur desécorces, sur des timbales, sur des chaudrons, et surtout en agitant lesmaracu, calebasses dans lesquelles on faisait entrer des cailloux, commeles grelots dans nos clochettes. Le démon Maboya des Caraïbes est l’êtreterrible qui essaie de dévorer l’astre des nuits. Il ne se borne pas d’ailleursà attaquer la Lune dans ses éclipses. Cette fonction ne lui a sans doute étéattribuée qu’après plusieurs siècles de sorcellerie. 11 est avant tout l’auteurdes apparitions effrayantes, des maladies, du tonnerre et des tempêtes.
Voici la description que Duterlre donne de l’émotion des Caraïbes enpareille circonstance : « Quand il se fait une éclipse de Lune , dît ce mis-sionnaire, ils s’imaginent que le Maboya la mange. Ce qui fait qu’ils dansenttoute la nuit, tant les jeunes que les plus âgés, les femmes que les hommes,sautelant les deux pieds joints, une main sur la tôle et l’autre sur la fesse,sans chanter; mais jetant dedans l’air certains cris lugubres et épouvantables.Ceux qui ont commencé une fois à danser sont obligés de continuer jus-qu’au point du jour, sans oser quitter pour quelque nécessité que ce soit.Cependant une fille tient dans sa main une calebasse, dans laquelle il y a