ÉPOQUE FABULEUSE.
NAISSANCE DE L ASTKONOM1E.
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saient. Il semblerait, dit Maxime de Turin , qui les reprend sur ce point,« qu'on voulût donner du secours au créateur, comme si Dieu , qui a fait lesastres, n’était pas en état de les défendre et de les soutenir L » L’usage n’enest pas moins resté de sonner les cloches, pour combattre l’action des espritsmalfaisants. Au siècle dernier on les sonnait encore presque partout pendantles orages, et celte pratique n’a pas même entièrement disparu. On les sonnaitavec persistance pendant les éclipses, et c’était dans une visible intention.Parmi les dangers que la cloche d’église est destinée à repousser et que leprêtre énumère en lui donnant la consécration, figure en effet l’obscuritécausée par les fantômes, timbra phantasmatwm 2 , souvenir, dit le PèreLafitau, des génies obscurs qui dévorent la Lune 3 .
Ce qu’il y a de remarquable et de surprenant dans la terreur causée auxhommes, pendant l’état d’ignorance, par le phénomène des éclipses, ce n’estpas tant le sentiment de frayeur que l’analogie des superstitions et la simi-litude extraordinaire des moyens employés pour détourner le malheur. Cettegrande ressemblance peut-elle être attribuée entièrement à Punitéde la naturehumaine? Ne faut-il pas y voir les traces d’une communauté de source et derelations d’une prodigieuse antiquité? Nous reviendrons sur ce point à l’oc-casion des analogies qu’on remarque entre les zodiaques de différents peuples.
D’autre part, cette longue persistance, jusqu’au milieu de sociétés éclairées,de pratiques dont l’inutilité et la vanité sont désormais connues, est-elle lefruit seulement de la coutume et de la tradition? Une habitude mentale,continuée de génération en génération, n’a-t-elle pas créé un véritable instincttransmissible, comme la crainte à l’aspect du serpent est devenue instinctivechez le singe qui, avant toute expérience, tressaille à la première vue de cetanimal ?
L’astronomie naissante contemporaine de l’animisme. — Dans la phaseinférieure du développement des peuples, la ressemblance des conceptionsfabuleuses ne s’arrête pas d’ailleurs aux monstres qui avalent les astres.L’entraînement de la pensée humaine se fait en tout dans une même direc-tion. Sur un même horizon social, le caractère des fables présente, quels quesoient le lieu et l’époque, les mêmes traits généraux. Par l’effet de ces ten-dances communes, les créations et les formes peuvent aisément se rapprocher.
Le monstre qui menace le Soleil et la Lune appartient à la période psy-
1 Maximes Tanrinensis [V e siècle], Homiliae, 1618; homilia de defectu Lunae, p. 703.— 2 Pontificale romanum, part. Il, De benedictione signi vel canipanae. — 3 Lafitau ,Mœurs des sauvages amériquains, 1724, éd. 4°, t. I, p. 252.
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