INTRODUCTION.
CHAPITRE VI.
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connaissances empruntées. Toutefois cette connaissance se répandit lente-ment. Parmi le vulgaire, les causes de l’éclipse de Soleil étaient beaucoupplus facilement comprises que celles de l’éclipse de Lune : elles ont en effetquelque chose de plus direct. Thucydide n’était pas encore bien certain quel’éclipse de Soleil ne pût arriver que dans la conjonction '. Cette éclipse étaitla seule que Périclès, instruit par Anaxagoras , se hasardait encore à expli-quer, et c’était là aussi que, presque dans le même temps, Ennius se bornaiten Italie i 2 .
La preuve que l’annonce de ces phénomènes avait été longtemps empreintechez les Grecs d’un véritable caractère d’incertitude, c’est qu’on signalaitcomme une sorte de triomphe scientifique la prédiction qu’au — IV e siècleHélicon de Cyzique avait faite, non sans y mettre une certaine réserve, d’uneéclipse de Soleil , qui se réalisa 3 . On mentionnait comme une circonstanceextraordinaire qu’un siècle environ plus tard, Eudème avait réussi à enprédire une autre 4 * . Il est manifeste qu’au temps d’Alexandre, l’annonce deséclipses ne se faisait pas encore régulièrement, puisque les Macédoniensfurent surpris par un de ces phénomènes, qui arriva onze jours après labataille d’Arbelles 3 .
Quant aux Romains, ils étaient encore bien plus arriérés. Ce qu’on araconté de la prédiction d’une éclipse par Sulpicius Gallus 6 , au — II e siècle,n’est pas même exact. Les historiens les plus rapprochés de son temps disentseulement qu’il expliqua aux soldats, le lendemain de l’événement, la causedu phénomène qui les avait tant effrayés la veille 7 . Mais à l’époque deClaude, après avoir reçu les enseignements d’Alexandrie , on avait acquisune certaine confiance dans les prédictions écliptiques. On le voit par lesprécautions de cet empereur pour détourner la mauvaise impression qu’auraitpu produire un de ces phénomènes, indiqué pour le jour anniversaire de sanaissance 8 . On était alors en Europe , et l’on s’est retrouvé au moyen âge, àpeu près au point où les nations de l’Orient étaient parvenues au XV e et auXVI e siècle. Leurs calculs des éclipses de Lune * étaient assez satisfaisants;mais leurs annonces des éclipses de Soleil étaient parfois fautives d’unedemi-heure 9 .
i Thucydides , Debello peloponnesiaco, lib. n, cap. 28. — 2 Cicero, De republica, lib. i,
cap. 16. — 3 Plutarchus, De vita Dionis, cap. 19 (24). —4 Simplicius , Commentarii in Aris-
totelis De cœlo, lib. n, comra. 46. — 3 En — 330. Voyez Arrianus , Anabasis, lib. ni, cap. 7.
— 6 Livius, Historiariun romanarum décades, lib. xliv, cap. 37 ; Plinius, Historia naturalis ,
]ib. n, cap. 12; Plutarchus , De vita Pauli Æmilii, cap. 37. — Polybius, Historia, lib.xxix,
cap. 6; Cicero, De republica, lib. i, cap. lo. — 8 Dio Cassius , Historia romana, lib. lx,
cap. 26. — 9 Chardin , Des sciences et des arts libéraux des Persans, chap. ix, dans ses
Voyages, nouv. éd., 173o, t. lit, p. 166.