ÉPOQUE EMPIRIQUE.
UES PREMIÈRES DÉDUCTIONS.
ISS
Une des grandes difficultés soulevées par la théorie de l’interpositionprovenait de ce que certaines syzygies seulement étaient écliptiques, tandisque d’autres ne l’étaient pas. Cette espèce de choix paraissait inexplicable,jusqu’à ce qu’on eût découvert l’inclinaison de l’orbite lunaire sur celle duSoleil. Le phénomène fut alors soumis à la position du nœud, et l’épreuvepratique réussissait pour l’éclipse de Lune , qui revenait invariablement àtoutes les rencontres draconiliques. Au contraire, pour l’éclipse de Soleil ,les parallaxes, que Ptolémée lui-même n’était pas encore en état de calculerd’une manière sûre, produisaient des anomalies singulières et découra-geantes.
Mais ce qui jetait par-dessus tout la perplexité parmi les astronomes,c’étaient les éclipses horizontales, c’est-à-dire celles qui arrivaient à la Lune alors que cet astre et le Soleil étaient tous les deux dans le voisinage etsimultanément au-dessus de l’horizon. De pareilles positions paraissaientincompatibles avec un alignement des trois corps. Ces cas étaient fort rares,il est vrai. Pline avait connaissance d’un seul, qu’il regardait comme unprodige 1 . Cléomèdes trouvait le fait si extraordinaire qu’il doutait de la réalitéde l’observation 2 . Il proposait cependant, bien que timidement, de l’expli-quer par la réfraction, comme on voit, dit-il, une bague, d’abord cachée aufond d’un vase, lorsqu’on remplit ce vase avec de l’eau. Un siècle plus lard,Sextus Empiricus développait nettement cette explication 5 .
Au reste, on n’avait, pas été sans remarquer que l’ombre de la Terre n’estjamais assez noire pour cacher entièrement la Lune dans ses éclipses. L’astreest d’autant moins obscur, dit Plutarque , qu’il traverse le cône d’ombre plusprès de sa pointe 4 . Avant d’avoir bien analysé le phénomène, on se deman-dait comment, dans un lieu donné, les éclipses de Lune pouvaient être plusnombreuses que celles de Soleil. Philolaus avait été jusqu’à supposer queles premières n’étaient pas seulement causées par l’ombre de la Terre , maisaussi par celle de l’anlichthone ou hémisphère antipode, auquel certainsphilosophes donnaient une individualité.
Les éclipses partielles de Soleil n’avaient qu’une sorte d’intérêt technique.Mais les éclipses totales de cet astre étaient de nature à produire une profondeimpression, surtout à l’époque où elles arrivaient encore à l’improviste. Cen’est pas que la lumière fût jamais éteinte d’une manière absolue. Dans la
! Plinius [-+- I er siècle], Ilistoria naturalis, lib. h, cap. 13. — 2 Cleomedes [-+- II e siècle],Cyclica theoria meteoron, lib. n, cap. 6. — 3 Sextus Empiricus [a- III e siècle], Adversusmathematicos, lib. v, cap. 82. — 4 Plutarchus , De facie in orbe Lunae, cap. 20’ (43). Com-parez Plinius, Historia naturalis , lib. ii, cap. 9.
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