Band 
Première partie.
Seite
249
JPEG-Download
 

ÉPOQUE INDUCTIVE.

DÉVELOPPEMENT DES OBSERVATIONS.

219

sions de barbares, qui n’auraient pas été possibles si la société à laquelle elless’attaquaient eût été notablement plus élevée que les barbares eux-mêmes. Aureste on peut voir, dans les écrivains du temps *, le tableau de l’ignorance,de la corruption, des préoccupations exclusivement sensuelles qui régnaient àRome et à Constantinople . Les écoles furent délaissées, puis, après l’invasiondes barbares, totalement supprimées. Ce triste état d’ignorance dura long-temps. Sous Charlemagne, pas un seul des pairs de l’empire ne savait lire,et ce souverain échoua dans la lâche, qu’il avait eue si puissamment à cœur,de reconstituer l’instruction primaire. Le niveau intellectuel de l’Europe était tombé trop bas : les populations ne se prêtaient pas à de pareilsefforts.

Vraiment, lorsqu’on lit les descriptions de la société de cette époque,lorsqu’on se représente les événements journaliers, l’insécurité, les explo-sions fanatiques, l’absence d’organisation, de commerce proprement dit, derelations régulières, le relâchement en un mot de tous les liens, on ne trouverien d’exagéré au jugement qu’Ibn Haukal portait au X e siècle. Confondantsous un même dédain les chrétiens, c’est-à-dire les Européens , désignés alorspar les islamites sous le nom de Nasaréens, avec les nègres d’Afrique , cegéographe, après avoir décrit les contrées de civilisation arabe, ajoutait :« Quant aux pays des Nasaréens et des Ethiopiens je n’en ferai qu’unemention légère, attendu que mon amour inné pour la sagesse, la justice, lareligion et les gouvernements réguliers ne me laisse rien à citer ni à louerchez ces nations i 2 . »

Aussi ce fut des Arabes que l’Europe , à la renaissance, reçut tout sonenseignement. Il n’y avait pas d’autre source. Les premières universitésd’Espagne et d’Italie avaient pris modèle sur les universités des Maures.C’était dans la langue de ce peuple qu’étaient écrits les seuls livres utiles,dont on ne pouvait faire mieux que répandre les traductions. Les institutionsscientifiques, musées, jardins botaniques, laboratoires, bibliothèques, obser-vatoires, écoles de médecine, n’existaient encore que chez les Arabes :l’Europe eut à les imiter. La mécanique, l’orfèvrerie, l’architecture, l’agri-culture régulière, les premiers procédés chimiques n’avaient alors d’autresadeptes que les Orientaux et les Maures.

Mais il faut reconnaître que les Européens , s’ils furent les disciples desArabes depuis le XII e jusqu’au XV e siècle, surent ensuite aller au delà de

i Seneca, Quaestioncs nalurales, lit), i, cap. 10; Clemens .1 le.randrinns, Pacdagogus ;Ammianus Marcellinus, Rerum gestarum libri, lib. xiv, cap. 6; lib. xxvni, cap. 4.— 2 Ibn

Haukal , Oriental geograpby translated by Ouseley, 1800.

32