280
INTRODUCTION.
CHAPITRE IX.
instants quelconques, et tous les éléments manquaient encore pour cetteconfirmation.
Galilée eut le malheur de s’écarter de cette voie tracée en quelque sortepar l’observation. Il rapporta la marée aux mouvements de la Terre bA minuit, nous dit-il, le mouvement de rotation et celui de translationconspirent : le rivage accéléré refoule l’eau qui se trouve devant lui. A midi,les deux mouvements se contrarient : c’est l’eau accélérée qui se jette sur lacôte. Aux époques intermédiaires tout refoulement vient à cesser. Cetle expli-cation exigerait que la marée suivît le temps solaire, ce qui n’est en aucunemanière le fait observé.
Descartes était revenu à une théorie lunaire * 2 ; mais il n’avait pas la clefque devait fournir plus tard la loi d’attraction en raison inverse du carré desdistances. Comme il avait rempli l’univers d’un liquide au milieu duquelles planètes étaient suspendues en équilibre, à la manière des poissons dansl’eau, il se servit des pressions transmises par ce liquide pour refouler lesflots de l’Océan. Dans ses idées, la Lune pesait le plus sur les lieux dontelle occupait le zénit et par là obligeait les eaux à s’abaisser au-dessousd’elle, et par suite à s’élever sur les côtés. Il expliquait ainsi pourquoi leshautes mers arrivaient à 12 heures environ de distance. Il montrait commentles marées de périgée étaient plus fortes que celles d’apogée, la Lune pesantdavantage sur les eaux quand elle était plus près. Mais sa théorie était enerreur pour l’heure des hautes marées dans l’océan libre; et lorsqu’on voulaitl’étendre à l’action solaire, on trouvait que les passages méridiens du Soleilauraient été accompagnés d’un abaissement de niveau au lieu d’une élé-vation.
On n’était donc arrivé qu’à une représentation très imparfaite du phéno-mène des marées; on en était encore à l’empirisme. Newton, au contraire,proposa une théorie dès l’abord plus satisfaisante 3 . Les actions attractives dela Lune et du Soleil lui permirent de rendre compte de toutes les circon-stances principales de la marée. Mais il fallait représenter les détails, calculerles heures et les hauteurs. Laplace ayant traité le problème des oscillationsd’un fluide à la surface d’une sphère, sous l’influence d’un astre attirant 4 , onput comparer, par nombres et par mesures, la théorie avec les observa-
•* Galilei, Discorso sopra il flusso e reflusso del mare, 1616 [publié pour la première foisen 1780, dans Targioni Tozzetti , Notizie degli aggrandimenti delle scienze fisiche in Tos-cana, 3 vol. 4°, Firenze, part, i du tome 11]. Aussi Galilei , Dialogo sopra i due sistemi mas-
simi del mondo, 1632. — 2 Descartes , Principia philosophiae, 1644, part. iv.— 3 Newtonus,
Philosophiae naturalis principia mathematica , 1687, lib. i, prop. lxvj, corol. 19. —
4 Laplace, dans Histoire et mémoires de l’Académie des sciences[de Paris ], 1775, mém., p. 73.