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pieds. Ils paissaient en liberté toute la nuit. On tâchait toujours debivaquer sur de bonne herbe et à proximité de l’eau.
» Nos provisions consistaient en farine, porc, beurre, thé, café, sel,eau et eau-de-vie. On y joignait le produit de la chasse, qui était consi-dérable, ainsi que des œufs et du lait quand on passait à proximité d’uneferme, ce qui arrivait en moyenne tous les deux jours. A l’étape, onfaisait du feu, on préparait la pâte des pains, et l’on cuisait ceux-ci dansdes casseroles en fonte. Nous avions, à déjeuner, du café et du gibier;à dîner, du gibier avec des œufs; et le soir, du thé, avec des tranchesde lard grillées à la pointe d’un bâton. Légumes, néant. On buvait etmangeait dans des bidons de fer-blanc. Après le souper, on se fourraitdans les chariots, entre le chargement et la toile, et l’on y dormait assezpeu à l’aise. Je n’ai pas couché dans une maison jusqu’à San-Antonio.
» Le pays est un magnifique jardin anglais, à l’exception de quelquesmarécages nus, qu’on nomme des prairies, et qui rappellent la Campinedans ses parties fangeuses. Là, le chemin est peu ou point marqué; laplaine indéfinie, verte, mais détrempée. Nous eûmes des pluies affreusesdans la prairie qui prolonge au loin vers l’intérieur la baie de Matagorda.Ce marécage à quinze lieues de large. Nous y sommes restés huit jours,et quatre étapes se sont faites dans une distance totale de cinq kilo-mètres. Il faut alors que tout le monde aide à manier les attelagesmonstres. Vous auriez pu me voir, jambes nues, dans la fange jusqu’au-dessus de genou, flanquant la file des bœufs, — un grand Lâton à lamain, — pour empêcher des ondulations de la ligne. Ces marécagessont très pénibles à traverser. Quelquefois, il faut y abandonner unchariot ou deux.
» Une nuit, dans un autre marécage, nous fûmes assaillis par unorage épouvantable. Après une journée de 32°, nous n’avions plus que13° dans les wagons ; on grelottait. Le vent était terrible et soufflait enrafales violentes. La pluie battait avec un luxe d’eau désespérant. Jesommeillais cependant à demi et j’avais les yeux fermés, lorsque jedistinguai à travers les paupières, et à travers — en outre — la toile duchariot, les carreaux de la foudre avec autant de netteté que sur untableau de Jupiter tonnant. Le même fait, renouvelé huit fois dans lamême nuit, me convainquit que je ne rêvais pas. 11 n’y a là rien d’abso-lument extraordinaire, mais on peut en conclure quelle est la vivacitédes manifestations électriques dans ces régions. »
Houzeau arriva dans la petite ville de San-Antonio — peuplée alorsde 4000 habitants seulement — le 21 mai 1858. Le hasard fit qu’il pritlogement chez un journaliste, qui lui témoigna bientôt une vive amitié.