XXXII —
calmes et tranquilles. Il employait la plus grande partie de ses journées,à la Nouvelle-Orléans , à suivre les débats des cours et tribunaux, afinde se rendre entièrement maître de la langue anglaise. « J’y entendaistour à tour la parole lettrée des avocats et le langage familier et popu-laire des témoins, disait-il plus lard; en même temps, j’acquérais unefoule de mots utiles touchant les lois, les règlements, les usages. Le soir,je lisais les classiques anglais pour compléter mon éducation. »
Lorsqu’il se crut suffisamment préparé, il partit pour le Texas , paysalors absolument neuf. Il n’avait presque pas d’argent dans sa poche etil n’était muni d’aucune lettre de recommandation. Il fit le trajet avecune caravane de fermiers, qui étaient venus avec leurs chariots faireleurs provisions à la côte. C’était, à cette époque, le seul moyend’atteindre les rares bourgades perdues au milieu des immenses plainesdu Far-West. Le voyage durait plusieurs semaines, parfois plusieursmois, selon l’endroit où l’on avait l’intention de se fixer.
Houzea.ii se rendit à toute aventure au point le plus actif du vasteterritoire texan, à San-Anlonio, à la limite extrême de la région plus oumoins habitée. Au delà, vers l’ouest, s’étendait la prairie vierge à l’infini.
« Notre train était principalement composé de chariots à bœufs,écrivait-il. Ce sont de fortes charrettes non suspendues, à quatre roues,recouvertes d’une toile sur cerceaux. Là sont entassés les marchandiseset les bagages. Les chargements sont de 2 000 et 2200 kilogrammes, cequi est beaucoup trop pour l’état des routes et pour les pentes étroites.Huit, dix ou douze bœufs sont attelés à chacun de ces wagons. Maisdans les tourbières on est forcé de doubler ou tripler les attelages, enfaisant passer les chariots les uns après les autres. J’ai vu jusqu’àvingt-six bœufs attelés à la fois.
» Chaque chariot était généralement accompagné de plusieursvoyageurs. Les uns se rendaient en Californie ; d’autres se séparèrent denous sur différents points du Texas. Tout le monde était américain , àl’exception de votre serviteur et d’un fermier allemand du WesternTexas, né à Malmédy . Beaucoup de nos chariots étaient conduits ainsipar des fermiers ou par leurs fils, qui étaient venus chercher les provi-sions de la famille pour deux ou trois ans, — linge, étoffes, farine, sel,sucre, café, quincaillerie, etc.
b On se levait à 3 heures du matin, pour aller à la recherche desanimaux et atteler à 3 heures. On s’arrêtait de 10 à 4 heures. Puis onmarchait encore jusqu’à la brune (7 heures), car, la nuit, on ne distin-guait pas assez les obstacles du chemin. A l’arrivée de l’étape, on lâchaitles animaux, en leur mettant une sonnette au cou et des entraves aux