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Seconde partie.
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LVI
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— LVI —

admis, raconte Hoczeau, — et tous les blancs de la Nouvelle-Orléans lecroyaient de bonne foi, — que des noirs, ou des blancs « assez bas pours’allier à des noirs s n’avaient aucune valeur par eux-mêmes. En pre-nant part seul, tout seul alors, parmi les blancs, à la propagande activedes noirs, je perdais mon « caractère caucasien », comme on disait dansl’argot du pays : j’étais mort, plus que mort, avili aux yeux de tous ceuxde ma race. La position de défi que je prenais ainsi était si extraordi-naire, si exorbitante, qu’on l’expliquait seulement en imaginant quej’étais en réalité de sang africain. On faisait remarquer que je disaisnous en parlant de la race opprimée. N’avais-je pas le droit de m’iden-tifier, comme l’avocat au barreau, avec ceux dont je défendais la cause?Mais ces blancs, tous jusqu’au dernier, auraient évité ce qui prêtait à laconfusion, et ils me mesuraient à leur aune. En me supposant noir, onrabaissait le courage moral qu’il m’avait fallu pour rompre en visière àune société tout entière, et pour prendre une position vraiment uniquealors dans les États du Sud. Mais je n’essayai jamais de démentir lesbruits qui me mettaient du sang africain dans les veines, parce que celtecroyance même augmentait la confiance que la race de couleur avait enmoi. L’ennemi m’avait servi lorsqu’il n’avait songé qu’à me décrier (1). »

Peu de temps après, une occasion se présenta de mettre la Tribuneen relief. Un noir avait été jeté à l’eau par un Irlandais, et ce dernier,mis en jugement, avait été acquitté. IIouzeau écrivit immédiatement,dans la partie anglaise du journal, un article intitulé : Is lhere any justicefor lhe black ? (2), qui eut un immense retentissement. Un député dela Pensylvanie , M. Kelley, un des chefs les plus autorisés du parti libéral,porta la question devant la Chambre des représentants du Congrès, et ydonna lecture d’un long passage de l’article de notre compatriote.

« Ce fut pour la Tribune une sorte de baptême. Dès ce jour, ditIIouzeau, nous étions posés devant le pays. Nous avions le droit de direaux esclavagistes de la Nouvelle-Orléans , qui croyaient nous étouffersous le mépris : « nous n’écrivons pas pour vous; nous avons un ' "c» plus instruit et plus élevé. » Et la presse blanche, notre voisine,tirant par milliers d’exemplaires, avait-elle jamais eu dans ses colonnesun seul article où les grands principes d’organisation politique ou socialefussent traités de (elle sorte qu’une question neuve se trouvât poséedevant le Congrès? »

Pendant trois ans, Houzeau resta à la tête de la Tribune, prenant lapart la plus active à la publication du journal, non seulement comme

(I) Le Journal noir, etc.

;2) Y a-t-il une justice pour les noirs V