LES LIVRES A CLEF
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sie, et les dames les plus brillantesétaient accourues...
« L’accusé est introduit... On voitun jeune homme d’une taille au-des-sous de la moyenne, mince et d’unecomplexion délicate ; un mouchoirblanc, passé en bandeau sous le men-ton et noué au-dessus de la tête, rap-pelle le coup destiné à lui ôter la vie,et qui n’eut que le cruel résultat delui laisser entre la mâchoire inférieureet le cou deux balles, dont une seulea pu être extraite. Du reste, sa miseet ses cheveux sont soignés ; sa phy-sionomie est expressive ; sa pâleurcontraste avec de grands yeux noirsqui portent l’empreinte de la fatigueet de la maladie. » Quand le présidentlui demande : « Quel motif a pu vousporter à ce crime ? » Berthet répond :« Deux passions m’ont tourmenté pen-dant quatre ans : l’amour et la ja-lousie. »
Il fut condamné à mort; son re-cours en grâce fut rejeté. Le conseillerMichoud vint dans sa prison luioffrir sa grâce s’il voulait écrire quel-que chose qui sauvât l’honneur de sabelle-sœur ; il refusa.
L’exécution fut ordonnée, et alors,faitinoui ! le procureur général Guer -non-Ranville l’ajourna deson autoritéprivée et partit pour Paris . Le con-seiller Michoud le suivit et l’emporta.Berthet fut exécuté le 23 février 1828,à onze heures du matin sur la placed'Armes de Grenoble , la joue pen-dante, « au milieu d’une foule im-mense, composée principalement defemmes de tout âge. » Il mourut aveccourage. « Une espèce de cri invo-lontaire, arraché à l’émotion de lamultitude, a annoncé que tout étaitfini.» Le conseiller Michoud lui sur-vécut peu. Le Moniteur du ig mars1828 annonça sa mort trois semainesaprès. »
Il est juste de citer aussi la rectifi-cation adressée, par la famille Mi-choud, au même Journal des Débats ,
qui l’inséra dans son numéro du 26du même mois. La voici :
Le Rouge et le Noie, roman a clef.
« Nous avons publié dans notre nu-méro du 23 mars un article paru dansle journal le Curieux, donnant desdétails sur la clef du roman de Sten-dhal, le Rouge et le Noir , article quiavait été déjà reproduit par la revuele Livre.
M. M. Michoud, fils de l’ancien con-seiller, MM. Henri Michoud, OctaveMichoud et Léon Michoud , ses petits-fils, nous adressent une rectificationque nous nous empressons de repro-duire, en faisant cependant remarquerqu’il n’y avait dans l’article reproduitpar nous rien qui pût porter atteinteà la réputation de M m “ Michoud,femmedu conseiller.
La famille Michoud de La Tour,établie à Brangues, n’avait, en 1827,qu’un lien de parenté au cinquièmedegré avec M. Luc Michoud, conseillerà la cour de Grenoble , député, lequelétait fils unique et n’avait donc pasde belle-sœur portant son nom.
De plus, M. Michoud se récusa lorsdu procès d’assises de Berthet ; il n’eutà faire aucune démarche pour sauverl’honneur, qui n’était pas en jeu,d’uneparente éloignée ; il n’alla jamais àParis à cette occasion ni même pourremplir son mandat de député, et ilne connut pas l’exécution de Berthet,étant à son lit de mort, par suited’une fièvre typhoïde contractée auchevet de sa fille qui venait de mouriraprès avoir été malade elle-mêmependant vingt-sept jours.
M me Michoud de La Tour fut tou-jours honorée [.comme une digneépouse et les débats firent ressortir laparfaite honnêteté de sa conduite. »
J’ai tenu à reproduire ici cettelongue notice et la réplique à laquelleelle a donné lieu, d’abord en raisonde l’intérêt qu’elles présentent, puispour démontrer une fois de plus dequelle discrétion et de quelle circons-