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Tome premier.
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278 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.

grand; tout me semble charmant, les Anglais mêmes meparaissent plus aimables. Les vents se sont calméscomme par enchantement, et en moins d’une heure etdemie tout mon monde était à bord. Nous passons lanuit devant Bomarsund ; demain le général d’Huguesnous rejoint. Il est arrivé hier soir un joli petit bateauà vapeur russe avec pavillon parlementaire. Queveut-il faire? C’est la question que tout le monde scpose. Les uns parlent de paix et de conciliation; lesautres disent qu’il ne s’agit que de l’échange de quel-ques prisonniers et de recueillir les femmes de quelquesmalheureux officiers russes emmenés prisonniers. Cettedernière version me semble la plus probable, car laquestion de paix ne peut se traiter que par la diplomatie.

3 septembre. — Nous avons assisté, hier, à l’un desplus beaux et en même temps l’un des plus horriblesspectacles qu’il soit possible de voir. A sept heures dusoir, au moment du coucher du soleil, la grande cita-delle de Bomarsund s’abîmait tout à coup au milieud’un nuage épais de poussière et de débris de touteespèce; quoique placés à près de 2,000 mètres, nousavons été enveloppés pendant plus d’une heure d’unetelle fumée que l’on ne voyait pas d’un bout du navireà l’autre; puis l’aspect a changé, et, au milieu d’unemer de feu, nous avons vu reparaître les débris de cettesuperbe forteresse. Ainsi, il a suffi d’une seconde pourréduire à néant ce que des milliers d’hommes ont misdes années à construire ; il y a vraiment quelque chosede triste dans cette puissance de destruction donnée à