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Tome premier.
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390 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.

blé. Un peu plus tard, les rivalités des nations européennes,qui se harcèlent sourdement sur tous les points du globe, ame-nèrent l’explosion des haines et des rancunes. Voici comment.

On sait que, depuis le moyen âge, une tradition séculairerattache la France aux chrétiens du Levant. Les Maronites ontreçu à diverses reprises des témoignages bienveillants de nosrois, de saint Louis, de François I' p , de Louis XIV , deLouis XV. Eux-mêmes s’appellent volontiers les Français duLiban . Il y a là un ensemble de souvenirs qui créent entreeux et nous un lien assez lâche, il est vrai, mais réel. C’estune raison suffisante pour que la Grande-Bretagne leur soithostile. Et en effet, pendant la guerre turco-égyptienne, tandisque l’Égypte , avec Béchir-Chéliab et ses Maronites, s’appuyaitsur la France , on voyait clairement l’Angleterre servir la Porteet les cheiks druses.

Cette hostilité des deux grandes puissances persista sourde-ment après la paix. En 1838, des émissaires anglais , sousprétexte de propager le protestantisme, parcouraient le Liban et excitaient les populations à la révolte contre Béchir. Il leurétait facile de réveiller des passions mal éteintes. Les cheikstoujours impatients se soulevèrent bientôt, et le vieux Béehir-Ghéhab, après cinquante ans d’une domination intermittenteet tumultueuse, fut contraint de se réfugier entre les bras deceux-là mêmes qui aidaient à le déposséder : les Anglais l’in-ternèrent à Malte. Pour les Druses, ce départ fut le signal dela vengeance; ils se hâtèrent de réapparaître, de ressaisir bienset dignités, et de chasser les Maronites.

Ceux-ci résistèrent, et dès lors il y eut là-bas une anarchiesi grande, des conflits si incessants, des massacres tellementodieux et répétés, que l’écho en arriva jusqu’à l’Europe et queles puissances intervinrent au nom de la civilisation. Commetoujours, elles se trouvèrent en opposition. La France , espérantrendre au pays son homogénéité, voulait rétablir le gouverne-ment unitaire de l’émirat et choisir le chef suprême parmi lesmembres de la puissante famille des Chéhab qui avait gou-