%6 CORRESPONDANCE Dü GÉNÉRAL DUCROT.
Ainsi se répétait d’une façon exacte la fausse situation quis’était déjà produite cinq ans plus tôt : d’une part un gouver-nement régulier, qui avait contre lui le sentiment public et quise rendait intolérable ; d’autre part un homme seul, vers quivolaient tous les cœurs, en qui s’incarnaient les aspirationsnationales, qui exerçait, même sans le vouloir, le gouverne-ment des esprits, enfin qui avait tout pour lui, sauf la régularité.
Daoud vit le péril et appela M. des Essarts à son secours. Ilse plaignit de ce grand nombre d’hommes armés qui suivaientKaram et dit qu’on en voulait à son autorité. Karam avertis’empressa de s’arrêter à Mardonnet où il se trouvait et de-manda au consul de vouloir bien prendre en main la défensedu peuple libanais opprimé. Sur la demande qu’on lui fit, ilpromit de venir à Djounie muni d’un sauf-conduit et sousl’escorte de dix cavaliers seulement. Il prit soin de renvoyertout son monde, si bien que, le 6 janvier 1866, on ne comp-tait plus à Mardonnet que cinq cents personnes.
Le village ainsi dégarni parut une proie facile aux Turcs quiguettaient : au petit jour les Cosaques ottomans surgirent subi-tement.
Les Maronites surpris crient à la trahison et courent auxarmes. Des coups de feu retentissent. Karam, qui était àl’église, sort précipitamment et essaye en vain d’arrêter l’effu-sion du sang. Il appelle ses amis, les rallie, fait bonne conte-nance malgré les renforts de la milice druse qui arrivait deGazir et soutenait les Cosaques; enfin il réussit à sauver sapetite troupe et la ramène dans la montagne. Les Turcs, en seretirant de leur côté, sont assaillis par les habitants des villagesque l’indignation soulève et qui tirent avec leurs mauvaisfusils.
Cinq jours après, Karam écrivit à M. des Essarts une lettreexplicative pour lui faire comprendre que le combat de Mar-donnet n’était pas de son fait, qu’il en avait été le premiersurpris, qu’il y avait eu erreur apparemment, et que lui-mêmerestait plus que jamais aux ordres du consul de France.