54 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
notre vie retirée, triste et monotone, nous interdit lebonheur qui sera ton partage (1).
L’entrée de notre cher Karam à Beyrouth fut magni-fique. Notre sœur Rose, quoique malade, voulut quitterson lit, et exigea que nous allions ensemble dans savoiture voir l’auréole glorieuse et la délivrance miracu-leuse du juste opprimé. La France , comme une tendremère qui semble abandonner son jeune enfant lors-qu’elle lui laisse faire seul ses premiers pas, semblaitaussi nous avoir abandonnés : mais bientôt elle nousenveloppa dans son manteau protecteur, et sauva celuidans lequel reposent toutes nos espérances. Jamaisnous ne pourrons payer la dette de reconnaissance quenous lui devons pour le zèle qu’elle a mis à nous déli-vrer de nos ennemis, et combien je me repens d’avoirmurmuré contre cette bonne mère, la protectrice denotre nation depuis tant de siècles !
Mais reprenons mon récit. Toute la ville sortit doncpour aller au-devant de Karam, car tous avaient soif decontempler le sauveur de la chrétienté en Syrie ; unefoule immense se pressait depuis le fleuve de Beyrouth jusqu’à la rivière du Chien . J’ai remarqué, dans cettemultitude, une personne très distinguée ... Devine qui!C’est Michel M... ! ! ! Il était pâle comme un mort, maischerchait à cacher sa rage et son dépit. Il s’approchade Rose et lui dit : « J’espère qu’elle est belle, l’entrée deJoseph Karam! » Mon cousin Michel se contenta de lui
(1) Le destinataire de cette lettre, après avoir combattu avec Karam»devait partir avec lui.