142 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
et le manque absolu de patriotisme des conseillers dela couronne. Je ne sais vraiment ce qui, chez eux, tientla place du cœur (1).
Quoi qu’il en soit, la situation est complètementretournée contre nous. Toute l’Allemagne a pour lesFrançais le plus profond mépris et, au contraire, uneprofonde admiration pour les Prussiens. Ceux-ci inspi-rent une crainte qui leur assure la complète dominationde l’Allemagne et la libre disposition de toutes ses forcesmilitaires.
Nous en sommes à délibérer sur les moyens de réor-ganiser notre armée pour être en mesure de faire faceà l’orage qui nous menace, et déjà la Prusse va terminerla réorganisation des dixième, onzième et douzièmecorps, qui porteront son armée active à sept cent millehommes avec douze cents bouches à feu attelées et uneréserve de un million deux cent mille hommes. Ajoutez àcela l’alliance offensive et défensive à peu près assuréede la Russie , et vous comprendrez qu’en Prusse, dansles sphères officielles comme dans le public, l’on parlehautement du projet de porter les frontières d’Allemagne jusqu’aux Vosges et à la Meuse !
Considérez l’échéance prochaine de nos malheureuses
(1) « La Prusse est victorieuse, mais elle est épuisée. Du Rhin à Ber-lin, il n’y a pas quinze millehommes à rencontrer. Vous pouvez dominerla situation par une simple démonstration militaire, et vous le pouvez entoute sécurité, car la Prusse est incapable en ce moment d’accepter uneguerre avec la France . Ne lui offrez pas plus qu’elle ne demande; q uel’Empereur fasse une simple démonstration militaire, et il deviendral’arbitre et le maître de la situation. » Dépêche de M. de Gramonbambassadeur à Vienne, citée par M. Rothan.