154 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
dernièrement cette Excellence, et j’ai même eu avecelle deux longues conversations ; j’en ai été fort satis-fait. Le maréchal Niel est un homme intelligent, in-struit, grand travailleur; il a sur les choses militaires desidées bien arrêtées et excellentes. Mais... aura-t-ilassez de caractère pour les soutenir énergiquement, lesfaire prévaloir et résister aux influences qui trop sou-vent, jusqu’à ce jour, ont exercé une action funeste surla marche générale de nos affaires? Nous le verronsbien. Comme on le dit vulgairement, « à l’œuvre onconnaît l’artisan (1) ! »
Pendant que nous délibérons et discutaillons, nosbons voisins les Allemands se préparent avec uneardeur fébrile ; dès aujourd’hui ils sont en mesure demettre en ligne huit cent mille hommes et douze centsbouches à feu. Il nous faudrait faire de grands effortspour leur opposer quatre cent mille hommes et troiscents bouches à feu. C’est une disproportion vraimenteffrayante et qui devrait donner à réfléchir aux moinsclairvoyants et aux plus optimistes. Mais nous avonsune vanité, une présomption qui nous perdra ou, toutau moins, nous coûtera fort cher.
Que ferions-nous si la Hollande ou tout autre petitÉtat voisin implorait notre appui à propos de la ques-tion du Luxembourg ou d’une autre du même genre •Nous nous abstiendrions, disent les gens sans cœur etsans patriotisme; l’influence morale de la France suffi 1 ' 3
(1) Voir la lettre suivante.