£22 CORRESPONDANCE DU GÉNÉRAL DUCROT.
les uns contre les autres que tout mouvement étaitdevenu impossible !
L’Empereur avait donné le signal de la retraite, étaitvenu lui-même s’enfermer dans la place avec son entou-rage, et c’est lui, où plutôt ce sont eux encore qui lespremiers ont arboré le drapeau blanc sur la citadellepour faire cesser le feu de l’ennemi et parler de capitu-lation (1) ! Quelle fin !
Nos vainqueurs traitent notre pays avec une rigueurinexorable ; nous les avons vus incendiant, la torche àla main, le village de Bazeilles, dont quelques habitantsavaient tiré sur les leurs pendant le combat. Ils en ontfusillé plusieurs et n’ont pas épargné une seule maison.Tout cela est affreux, et, malgré mon amour pour toi etnos chers enfants, j’en suis à regretter de n’être pasresté sur le champ de bataille! Dieu sait si j’ai fait pourcela tout ce qu’il fallait !...
A Madame Ducrot.
Pougues — de Chagny, 13 septembre 1870.
Je me suis échappé des mains des Prussiens. Je suislibre de ma personne, libre de tout engagement. Arri-verai cette nuit à Chazelles.
(1) Il est aujourd’hui certain que c’est l’Empereur lui-même qui. mûpar un sentiment de pure humanité, sans avoir été conseillé par qui quece fût, a fait hisser le drapeau blanc et a pris la responsabilité de lacapitulation.