Moliere.
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D. Laisse-moi donc faire. Si . . .
Le M. Parbleu! je te defie de repondre.
D. Oui, si tu parles toujours.
C. De grace, ecoutons ses raisons.
D. Premierement il n’est pas vrai de dire que toute la piecen’est qu’en recits. On y voit beaucoup d’actions qui se passent surla scene: et les recits eux-memes y sont des actions, suivant la Con-stitution du sujet; d’autant qu’ils sont tous faits innocemment, cesrecits, ä la personne interessee, qui, par lä, entre ä tous coups dansune confusion ä rejouir les spectateurs, et prend, ä chaque nouvelle,toutes les mesures qu’il peut pour se parer du malheur qu’il craint.
U. Pour moi, je trouve que la beaute du sujet de I’EcoIe desFemmes consiste dans cette confidence perpetuelle; et ce qui meparaitassez plaisant, c’est qu’un homme qui a de Pesprit, et qui est averti detout par une innocente qui est sa maitresse, et par un etourdi qui estson rival, ne puisse avec cela eviter ce qui lui arrive.
Le M. Bagatelle, bagatelle.
C. Faible reponse.
E. Mauvaises raisons.
D. Quant a l’argent qu’il donne librement, outre que la lettrede son meilleur ami lui est une caution süffisante, il n’est pas incom-patible qu’une personne soit ridicule en de certaines choses et honn'etehomme en d’autres. Et, pour la scene d’Alain et de Georgette dansle logis, que quelques-uns ont trouvee longue et froide, il est certainqu’elle n’est pas sans raison; et de meine qu’Arnolphe se trouve attrapependant son voyage par la pure innocence de sa maitresse, il demeureau retour longtemps a sa porte par l’innocence de ses valets, afin qu’ilsoit partout puni par les choses qu’il a cru faire la sürete de ses pre-cautions.
Le M. Voilä des raisons qui ne valent rien.
C. Tout cela ne fait que blanchir.
E. Cela fait pitie.
D. Pour le discours moral que vous appelez un sermon, il estcertain que de vrais devots qui l’ont ou'i n’ont pas trouve qu’il choquätce que vous dites; et sans doute que ces paroles d ’enfer et de chaudieresbouillantes sont assez justifiees par l’extravagance d’Arnolphe et parl’innocence de celle a qui il parle. Et quant au transport amoureux ducinquieme acte, qu’on accuse d’etre trop outre et trop comique, jevoudrais bien savoir si ce n’est pas faire la satire des amants, et siles honnetes gens meine et les plus serieux, en de pareilles occasions,ne font pas des choses . . .
Le M. Ma foi, Chevalier, tu feräis mieux de te taire.
D. Fort bien. Mais enfin si nous nous regardions nous-memes,quand nous sommes bien amoureux . . .
Le M. Je ne veux pas seulement t’ecouter.