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XVII. Jahrhundert.
lieureux de n’avoir qu’un oeil? On ne s’est peut-etre jamais avise des’affliger de n’avoir pas trois yeux; mais on est inconsolable de n’enavoir qu’un.
V.
Nous avons une si grande idee de l’ame de l’homme, que nous nepouvons souffrir d’en etre meprises, et de n’etre pas dans l’estime d’uneame; et tonte la felicite des hommes consiste dans cette estime.
Si d’un cöte cette fausse gloire, que les hommes clierchent, estune grande marque de leur misere et de leur bassesse; c’en est uneaussi de leur excellence. Car quelques possessions qu’il ait sur laterre, de quelque sante et commodite essentielle qu’il jouisse, il n’estpas satisfait, s’il n’est dans l’estime des hommes. II estime si grandela raison de l’homme, que, quelque avantage qu’il ait dans le monde,il se croit malheureux, s’il n’est placö aussi avantageusement dans laraison de l’homme. C’est la plus belle place du monde: rien ne peutle detourner de ce desir; et c’est la qualite la plus ineffagable du coeurde l’homme. Jusques-lä que ceux qui meprisent le plus les hommes,et qui les egalent aux betes, veulent encore en etre admires, et secontredisent ä 1 eux-memes par leur propre sentiment; la nature, quiest plus puissante que toute leur raison, les convaincant plus forte-ment de la grandeur de l’homme, que la raison ne les convainc de sabassesse.
VI.
L’homme n’est qu’un roseau le plus faible -de la nature; mais c’estun roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pourl’ecraser. Une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quandl’univers l’ecraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui letue, parce qu’il sait qu’il meurt; et l’avantage que l’univers a sur lui,l’univers n’en sait rien. Ainsi toute notre dignite consiste dans lapensee. C’est de la qu’il faut nous relever, non de l’espace et de laduree. Travaillons donc ä bien penser: voilä le principe de la morale.
VII.
Il est dangereux de trop faire voir ä l’homme combien il est egalaux betes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux delui faire trop voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plusdangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre. Mais il est tresavantageux de lui representer l’un et l’autre.
1 Veraltete Constraktion. Jetzt sagt man eontredire quelqu'un.