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XVIX. Jahrhundert.
faits et gestes, et puis je lui ai donne de quoi boire un peu a ma sante.Cette lettre vous paraitra bien ridicule; vous larecevrez dansuntempsou vous ne songerez plus au pont d’Avignon. Faut-il que j’y pense,moi, presentement? C’est le malheur des commerces si eloignes; ilfaut s’y resoudre, et ne pas meme se revolter contre cet inconvenient:cela est naturel, et la contrainte serait trop grande d’etouffer toutesses pensees; il faut entrer dans l’etat naturel oü Ton est, en repondantä une chose qui tient au coeur: vous serez donc obligee de m’excusersouvent. J’attends les relations de votre sejour a Arles; je sais quevous y aurez trouve bien du monde. Ne m’aimez-vous point de vousavoir appris l’italien? Yoyez comme vous vous en etes bien trouveeavec ce vice-legat: ce que vous dites de cette scene est excellent;mais que j’ai peu goute le reste de votre lettre! Je vous epargne meseternels recommencements sur ce pont d’Avignon, je ne l’oublierai dema vie.
2. — A Madame de Grignan.
A Paris, mercredi fl mars 1671.
Je n’ai point encore requ vos lettres; j’en aurai peut-etre avantque de fermer celle-ci: songez, ma chere enfant, qu’il y a huit joursque je n’ai eu de vos nouvelles; c’est un siede pour moi. Yous etiezä Arles; mais je ne sais rien par vous de votre arrivee ä Aix. Il mevint liier un gentilhomme de ce pays-la, qui etait present a cettearrivee, et qui vous a vue jouer ä petite prime avec Yardes, Bandol,et un autre; je voudrais pouvoir vous dire comme je l’ai regu, et ce qu’ilm’a paru, de vous avoir vue jeudi dernier. Vous admiriez tant l’abbede Vins d’avoir pu quitter M. de Grignan, j’admire bien plus celui-cide vous avoir quittee: il m’a trouvee avee le pere Mascaron, ä qui jedonnais un tres beau diner: comme il preche ä ma paroisse, et qu’ilvint me voir l’autre jour, j’ai pense que cela etait d’une vraie petitedevote de lui donner un repas; il est de Marseille, et a trouve fort bond’entendre parier de Provence. J’ai su encore, par d’autres voies, quevous avez eu trois ou quatre demeles a votre avenement: ma fille, onne parvient point a ne pas avoir de cös malheurs en province; mais,comme il n’y a peut-etre rien de vrai dans ce qu’on m’a eonte, j’attendraique vous m’en parliez, avant que de vous dire mon avis sur ce sujet.J’ai demandö a ce gentilhomme si vous n’etiez point bien fatiguee; ilm’a dit que vous etiez tres belle; mais vous savez que mes yeux pourvous sont plus justes que ceux des autres: je pourrais bien vous trouverabattue et fatiguee, au travers de leurs approbations. J’ai ete enrhumeeces jours-ci, et j’ai garde ma chambre; presque tous vos amis ont prisce temps-la pour me venir voir: l’abbe Tetu m’a fort priee de ledistinguer en vous ecrivant. Je n’ai jamais vu une personne absenteetre si vive dans-tous les cceurs; c’etait a vous qu’etait reserve cemiracle: vous savez comme nous avons toujours trouve qu’on se passait