Frau von S6vigne.
45
bien des gens; on ne se passe point de vous: ma vie est employee äparier de vous; ceux qui m’ecoutent le mieux sont ceux que je cherchele plus. iS’’allez point craindre que je sois ridieule; ear, outre que lesujet ne Test pas, c’est que je connais parfaitement bien et les gens etle lieu, et ce qu’il faut dire et ce qu’il faut taire. Je dis un peu debien de moi en passant, j’en demande pardon au Bourdaloue et auMascaron: j’entends tous les matins ou l’un ou l’autre; un demi-quartdes merveilles qu’ils disent devrait faire une sainte.
Je vous avoue de bonne foi, ma petite, que je ne puis du toutm’accoutumer ä vous savoir ä deux cents lieues de moi; je suis plustouch^e que je ne l’etais lorsque vous etiez en chemin, je repleure surnouveaux frais, je ne vois goutte dans votre coeur, je me representecent choses desagr^ables que je ne puis dire, je ne vois pas meme ceque pense M. de Grignan; et tout est brouille, je ne sais comment, dansma tete. Je vous vois accablee d’honneurs, et d’honneurs qui tiennentfort au nom que vous portez: rien n’est plus grand ni plus considere;nulle famille ne peut etre plus aimable: vous y etes adoree, ä ce queje crois, car le coadjuteur ne m’ecrit plus; mais j’ignore comment vousvous portez dans tout ce tracas; c’est une sorte de vie etrange quecelle des provinces; on fait des affaires de tout. Je m’imagine que vousfaites des merveilles, et je voudrais bien savoir ce que ces merveillesvous coütent, soit pour vous plaindre, soit pour ne vous plaindre pas..
Je reijois votre lettre, ma chere enfant, et j’y fais reponse avecprecipitation parce qu’il' est tard: cela me fait approuver les avancesde provision. Je vois bien que tout ce qu’on m’a dit de vos aventuresä votre arrivee n’est pas vrai; j’en suis tres aise; ces sortes de petitsproces dans les villes de province, oü l’on n’a rien autre chose dans latete, font une eternitd d’eclaircissements, et c’est assez pour mourird’ennui. Mais vous etes bien plaisante, madame la comtesse, demontrer mes lettres: ou est donc ce principe de cachotterie pour ce quevous aimez? Vous souvient-il avec quelle peine nous attrapions lesdates de celles de M. de Grignan? Vous pensez m’apaiser par voslouanges, et me traiter toujours comme la Gazette de Hollande; jem’en vengerai. Vous cachez les tendresses que je vous mande, fri—ponne; et moi je montre quelquefois, et ä certaines gens, celles quevous m’ecrivez. Je ije veux pas qu’on croie que j’ai pense mourir, etque je pleure tous les jours, pour qui? pour une ingrate. Je veux qu’onvoie que vous m’aimez, et que, si vous avez mon coeur tout entier, j’aiune place dans le votre. Je ferai tous vos compliments. Chacun medemande: Ne suis-je point nomme? Et je dis: Non, pas encore, maisvous le serez. Par exemple, nommez-moi un peu M. d’Ormesson, etles Mesmes; il y a presse a votre Souvenir; ce que vous envoyez iciest tout aussitöt enleve: ils ont raison, ma fille, vous etes aimable, etrien n’est comme vous. Voila, du moins, ce que vous cacherez, car,depuis Niobö, jamais une mere n’a parle comme je fais. Pour M. de