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XVII. Jahrhundert.
Agamemnon.
Ma fille, il est trop vrai. J’ignore pour quel crimeLa colere des dieux demande une victime.
Mais ils vous ont nommee: un Oracle cruelVeut qu’ici votre sang coule sur un autel.
Pour defendre vos jours de leurs lois meurtrieresMon amour n’avait pas attendu vos prieres.
Je ne vous dirai point combien j’ai resiste;
Croyezf-en cet amour par vous-meme atteste.
Cette nuit meme encore, on a pu vous le dire,
J’avais revoque l’ordre oü l’on me fit souscrire:
Sur l’interet des Grecs vous l’aviez empörte;
Je vous sacrifiais mon rang, ma surete.
Areas allait du camp vous defendre l’entree:
Les dieux n’ont pas voulu qu’il vous ait rencontree;
Ils ont trompe les soins d’un pere infortuneQui protegeait en vain ce qu’ils ont condamne.
Ne vous assurez point sur ma faible puissance:
Quel frein pourrait d’un peuple arreter la licence,
Quand les dieux, nous livrant k son zele indiscret,L’affranchissent d’un joug qu’il portait ä regret?
Ma fille, il faut ceder: votre heure est arrivee.
Songez bien dans quel rang vous etes elevee:
Je vous donne un conseil qu’ä peine je regoi;
Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi:Montrez, en expirant, de qui vous etes n6e:
Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnee.
Allez; et que les Grecs, qui vont vous immoler,Keconnaissent mon sang en le voyant couler.
Clytemnestre.
Vous ne dementez point une race funeste.
Oui, vous etes le sang d’Atree et de Thyeste:
Bourreau de votre fille, il ne vous reste enfinQue d’en faire ä sa mere un horrible festin.
Barbare! c’est donc lä cet heureux sacrificeQue vos soins preparaient avec tant d’artifice!
Quoi! l’horreur de souscrire k cet ordre inliumainN’a pas, en le tragant, arrete votre main!
Pourquoi feindre k nos yeux une fausse tristesse?Pensez-vous par des pleurs prouver votre tendresse?Ot'i sont-ils ces combats que vous avez rendus?
Queis flots de sang pour eile avez-vous repandus?
Qel debris parle ici de votre resistance?
Quel champ couvert de morts me condamne au rilence?