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XVII. Jahrhundert.
yeux de peur de me voir. Le pere, accable de douleur, ne reponditrien. Enfin, apres de profonds soupirs, il dit: Ah, Neptune, quet’ai-je promis? A quel prix m’as-tu garanti du naufrage? Rends-moi aux vagues et aux rochers qui devaient en me brisant finir matriste vie; laisse vivre mon fils. 0 dieu cruel, tiens, voilä mon sang,epargne le sien. En parlant ainsi il tira son epee pour se percer;mais tous ceux qui etaient aupres de lui arreterent sa main. Levieillard Sophronyme, interprete des volontes des dieux, lui assuraqu’il pourrait contenter Neptune sans donner la mort ä son fils.Votre promesse, disait-il, a et6 imprudente, les dieux ne veulentpoint etre honores par la cruaute; gardez-vous bien d’ajouter ä lalaute de votre promesse celle de Paccomplir contre les lois de lanature; offrez a Neptune cent taureaux plus blancs que la neige;faites couler leur sang autour de son autel couronne de ilenrs; faitesfumer un doux encens en l’honneur de ce dieu.
Idom4nee ecoutait ce discours la tete baissee et sans repondre;la fureur etait allumee dans ses yeux; son visage pale et defigurechangeait ä tout moment de couleur; on voyait ses membres trem-blants. Cependant son fils lui disait: Me voici, mon pere; votre filsest pret ä mourir pour appaiser le dieu de la mer: n’attirez passur vous sa colere: je meurs content, puisque ma mort vous auragaranti de la votre. Frappez, mon pere, ne craignez point de trouveren moi un fils indigne de vous, qui craigne de mourir.
En ce moment Idomenee, tout hors de lui, et cotmne dechirepar les furies infernales, surprend tous ceux qui l’observaient depres; il enfonce son epee dans le coeur de cet enfant, il la retiretoute fumante et toute pleine de sang pour la plonger dans sespropres entrailles; il est encore une fois reteuu par ceux qui l’en-vironnent. L’enfant tombe dans son sang; ses yeux se couvrent desombres de la mort; il les entr’ouvre a la lumiere; mais ä peine l’a-t-il trouvee, qu’il ne peut plus la supporter. Tel qu’un beau lis aumilieu des champs, coupe dans sa racine par le tranehant de la charrue,languit et ne se soutient plus; il n’a point encore perdu cette viveblancheur et cet eclat qui charme les yeux; mais la terre ne lenourrit plus, et sa vie est eteinte. Ainsi le fils d’ldomenee, commeune jeune et tendre fleur, est cruellement moissonne des son premieräge. Le pere, dans l’exces de sa douleur, devient insensible; il nesait ou il est, ni ce qu’il fait, ni ce qu’il doit faire; il marche chan-celant vers la ville, et demande son fils.
Cependant le peuple, touche de compassion pour l’enfant, etd’horreur pour l’action barbare du pere, s’ecrie que les dieux justesl’ont livre aux furies. La fureur leur fournit des armes; ils pren-nent des bätons et des pierres; la discorde souffle dans tous lescoeurs un venin mortel. Les Cretois, les sages Cretois, oublientla sagesse qu’ils ont tant aimee; ils ne reconnaissent plus le fils