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XVIII. Jahrhundert.
pouvait appeler de ce nom un gouvernement qui demandait la protec-tion d’un de ses citoyens.
Je crois que ce qui perdit surtout Pompee fut la honte qu’il eutde penser qu’en elevant Cesar comme il avait fait il eut manque deprevoyance. Il s’accoutuma le plus tard qu’il put ä cette idee: il ne semettait point en defense pour ne point avouer qu’il se füt mis endanger: il soutenait au senat que Cesar n’oserait faire la guerre; et,parcequ’il l’avait dit tant de fois, il le redisait toujours.
II semble qu’une chose avait mis Cesar en etat de tout entre-prendre; c’est que, par une malheureuse conformite de noms, on avaitjoint ä son gouvernement de la Gaule cis-Alpine celui de la Gauled’au-delä des Alpes.
La politique n’avait point permis qu’il y eut des armees aupresde Rome; mais eile n’avait pas souffert non plus que l’Italie fut en-tierement degarnie de troupes: cela fit qu’on tint des forces con-siderables dans la Gaule cis-Alpine, c’est-a-dire dans le pays qui estdepuis le Rubicon, petit fleuve de la Romagne, jusqu’aux Alpes. Mais,pour assurer la ville de Rome contre ces troupes, on fit le celebresenatus-consulte, que Fon voit encore grave sur le chemin de Riminiä Cesene, par lequel on devouait aux dieux infernaux, et Fon declaraitsacrilege et parricide quiconque, avec une legion, avec une armee, ouavec une cohorte, passerait le Rubicon.
A un gouvernement si important, qui tenait la ville en echec, onen joignit un autre plus considerable encore; c’etait celui de la Gauletrans-Alpine, qui comprenait les pays du midi de la France, qui, ayantdonne ä Cesar l’occasion de faire la guerre pendant plusieurs anneesä tous les peuples qu’il voulut, fit que ses soldats vieillirent avec lui,et qu’il ne les conquit pas moins que les barbares. Si Cesar n’avaitpoint eu le gouvernement de la Gaule trans-Alpine, il n’aurait pointoorrompu ses soldats ni fait respecter son nom par tant de victoires.S’il n’avait pas eu celui de la Gaule cis-Alpine, Pompee aurait pul’arreter au passage des Alpes; au lieu que, des le commencement dela guerre, il fut oblige d’abandonner l’Italie, ce qui fit perdre a sonparti la reputation, qui dans les guerres civiles est la puissance meme.
La meme frayeur qu’Annibal porta dans Rome apres la bataillede Cannes, Cesar l’y repandit lorsqu’il passa le Rubicon. Pompeeeperdu ne vit, dans les premiers moments de la guerre, de parti äprendre que celui qui reste dans les affaires desesperees; il ne sut queceder et que fuir; il sortit de Rome, y laissa le tresor public; il ne putnulle part retarder le vainqueur; il abandonna une partie de ses troupes,toute l’Italie, et passa la mer.
On parle beaucoup de la fortune de Cesar; mais cet homme extra-ordinaire avait tant de grandes qualites sans pas un defaut, quoiqu’ileut bien des vices, qu’il eut ete bien difficile que, quelque armee qu’il