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XVIII. Jahrhundert.
naquit le roi Charles XII., l’homme le plus extraordinaire peut-etrequi ait jamais ete sur la terre, qui a reuni en lui toutes les grandesqualites de ses a'ieux, et qui n’a eu d’autre defaut ni d’autre malheürque de les avoir toutes outrees. C’est lui dont on se propose ici d’ecrirece qu’on en a appris de certain touchant sa personne et ses actions.
Le premier livre qu’on lui fit lire fut l’ouvrage de Samuel Puffen-dorf, afin qu’il püt connaitre de bonne heure ses etats et ceux de sesvoisins. II apprit d’abord l’allemand, qu’il parla toujours depuis aussibien que sa langue maternelle. A Tage de sept ans il savait manierun cheval. Les exercices violents oü il se plaisait, et qui decouvraientses inclinations martiales, lui formerent de bonne heure une Constitu-tion vigoureuse, eapable de soutenir les fatigues oü le portait sontemperament.
Quoique doux dans son enfance, il avait une opiniatrete insur-montable: le seul moyen de le plier etait de le piquer d’honneur; avecle mot de gloire on obtenait tout de lui. Il avait de l’aversion pour lelatin, mais des qu’on lui eut dit que le roi de Pologne et le roi deDanemarck l’entendaient, il 1’apprit bien vite, et en retint assez pourle parier le reste de sa vie. On s’y prit de la meme maniere pourl’engager a entendre le fran^ais; mais il s’obstina tant qu’il vecut k nejamais s’en servir, meme avec des ambassadeurs frangais qui nesavaient point d’autre langue.
Des qu’il eut quelque connaissance de la langue latine on lui fittraduire Quinte-Curce: il prit pour ce livre un goüt que le sujet luiinspirait beaucoup plus encore que le style. Celui qui lui expliquaitcet auteur lui ayant demande ce qu’il pensait d’Alexandre: „Je pense,dit le prince, que je voudrais lui ressembler.“ Mais, lui dit-on, il n’avecu que trente-deux ans. „Ah! reprit-il, n’est-ce pas assez quamj, ona conquis des royaun\es?“ On ne manqua pas de rapporter ces reponsesau roi son pere, qui s’ecria: „Voilä un enfant qui vaudra mieux quemoi, et qui ira plus loin que le grand Gustave.“ Un jour il s’amusaitdans l’appartement du roi ä regarder deux cartes geographiques, l’uned’une ville de Hongrie prise par les Turcs sur l’empereur, et l’autre deRiga, capitale de la Livonie, province conquise par les Suedois depuisun siede; au bas de la carte de la ville hongroise il y avait ces motstires du livre de Job: „Dieu me l’a donne, Dieu me l’a öte; le nom duSeigneur soit beni.“ Le jeune prince ayant lu ces paroles, prit sur-le-champ un crayon, et ecrivit au bas de la carte de Riga, „Dieu mel’a donnee, le diable ne me l’ötera pas.“ 1 Ainsi dans les actions lesplus indifferentes de son enfance ce naturel indomptable laissait souventechapper de ces traits qui caracterisent les ames singulieres, et quimarquaient ce qu’il devait etre un jour.
Il avait onze ans lorsqu’il perdit sa mere: cette princesse mourut
1 Deux ambassadeurs de France eu Suede m’ont conte ce fait.