Voltaire.
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telles aventnres, la force prodigieuse du roi Auguste et les voyages duczar, on croirait etre au temps des Hercule et des Thösee.
II partit pour sa premiere Campagne le 8. mai, nouveau style, del’annüe 1700. II quitta Stockholm, oü il ne revint jamais. Une fouleinnomtrable de peuple l’accompagna jusqu’au port de Carelscroon, enfaisant des voeux pour lui, en versant des larmes, et en l’admirant.Avant de sortir de Suede il etablit ä Stockholm un conseil de defense,compos^ de plusieurs sünateurs. Cette commission devait prendre soinde tout ce qui regardait la flotte, les troupes, et les fortifications dupays. Le corps du Senat devait regier tout le reste provisionnellementdans l’interieur du royaume. Ayant afcisi mis un ordre certain dansses etats, son esprit, libre de tout autre soin, ne s’occupa plus que dela guerre. Sa flotte etait composee de quarante-trois vaisseaux: celuiqu’il monta, nomme 1 e Roi-Charles, le plus grand qu’on ait jamaisvu, etait de cent vingt pieces de canon; le comte Piper, son premierministre, et le general Renschild, s’y embarquerent avec lui. Il joignitles escadres des allies. La flotte danoise evita le combat, et laissa laliberte aux trois flottes combinees de s’approcher assez pres de Copen-hague pour y jeter quelques bombes.
Il est certain que ce fut le roi lui-meme qui proposa alors augeneral Renschild de faire une descente, et d’assilger Copenhague parterre, tandis qu’elle serait bloqu^e par mer. Renschild fut etonne d’uneproposition qui marquait autant d’habilete que de courage dans unjeune prince sans experience. Bientot tout fut pret pour la descente;les ordres furent donnes pour faire embarquer cinq mille hommes quietaient sur les cotes de Suede, et qui furent joints aux troupes qu’onavait ä bord. Le roi quitta son grand vaisseau, et monta une fregateplus legere: on commenga par faire partir trois Cents grenadier§ dansde petites chaloupes. Entre ces chaloupes, de petits bateaux platsportaient des fascines, des chevaux de frise, et les instruments despionniers. Cinq Cents hommes d’elite suivaient dans d’autres chaloupes.Apres venaient les vaisseaux de guerre du roi, avec deux frügatesanglaises, et deux hollandaises, qui devaient favoriser la descente äcoups de canon.
Copenhague, ville capitale du Danemarck, est situee dans l’ile deZeland, au milieu d’une belle plaine, ayant au nord-ouest le Sund, etä l’orient la mer Baltique, oü etait alors le roi de Suede. Au mouve-ment imprevu des vaisseaux qui menagaient d’une descente, les habi-tants, consternes par l’inaction de leur flotte et par le mouvement desvaisseaux suedois, regardaient avec crainte en quel endroit fondraitl’orage: la flotte de Charles s’arreta vis-ä-vis Humblebeck, a septmilles de Copenhague. Aussitöt les Danois rassemblent en cet endroitleur cavalerie. Des milices furent placees derriere d’epais retranche-ments, et l’artillerie qu’on put y conduire fut tournee contre les Suedois.
Le roi quitta alors sa fregate pour s’aller mettre dans la premiere
Holder, frauzös. Litteratur. o